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Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr

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Vive les enfants de Cayenne ! A bas ceux de la Sûreté !

Article dans le Barricata N°19

 

Pour Barricata, Jean-Marc Delpech, l'un des spcécialistes D'alexandre Jacob, le gentleman cambrioleur, décrypte la chanson Cayenne de Parabellum (elle est dans la playlist du site).

 

C'est une chanson, c'est un hymne et c'est bien plus que cela. On reprend tous en choeur tant en manifs qu'en concerts cette vieille chanson de bagnards revisitée par Parabellum depuis 1986.

Apaches, mauvais garçons et mauvaises filles, tatoués, fils de pauvres envoyés à Bribi et à Cayenne, industrie de la punition et enfermement des classes dangereuses, c'est bien plus qu'une histoire, c'est notre histoire !

 

Une intro sourde, lourde, bétonnée. Lourde et sourde commes les pas des fagots tournant le dos à leur passé d'hommes libres.

Dépôt pénitentiare de Saint-Martin-de-Ré, ils vont s'embarquer sur La Loire ou La Martinière, cela dépend de l'époque. Les deux bâtiments de la Société nantaise de navigation les transporteront dans des cages appelées "bagnes". Tout un programme, et vogue la galère. La Guyane et son enfer vert, vaste comme une dizaine de départements métropolitains. Un pays où il n'y a pas d'avenir.

"On est sans nom, on est plus rien", dit une autre chanson, et celle-ci écrite pas Albert Londres en 1928, dévoile la seule perspective du criminel exilé: "On est plus qu'un bateau de chiens qu'on emmène crever vers une île".

Espérance de vie à l'arrivée en terre de grande punition: cinq ans. Deux convois par an. Mille à Mille deux cents victimes des tribunaux d'injustice héxagonaux. 

Pendant une centaine d'années environ, l'ogre bagne maintient ses effectifs à hauteur de cinq mille prisonniers. Les arrivées de condamnés aux travaux forcés et à la relégation permettent donc de faire vivre la machine pénitentiaire.

 

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La mort ou l'évasion, "La Belle" (l'évasion) est une chimère. "Bien qu'il y ait quatre-vingt-quinze pour cent des évasions qui échouent, les forçats ne vivent que dans ce but" écrit Eugène Dieudonné dans La Vie des Forçats en 1930. C'est un espoir de survie qui colle à la peau, plus très chère, de ceux qui vont y passer.

"N'allez jamais au Bagne", ainsi se terminent les souvenirs de Clément Duval, évadé de l'enfer vert guyanais en 1901.

L'intro de Cayenne est lourde et bétonnée. Bétonnée comme ces histoires d'amour qui finissent mal. Bétonnée comme ces vies frappées par la fatalité sociale. L apitoyable fortune du fagot était tracée.

Il n'y a pas que chez les calvinistes que l'homme ne choisit pas. Le jeu est perdu d'avance: "Mon destin de bagnard vint frapper à mo porte". Les dés sont pipés.

Bétonnée comme les programmes actuels de construction de prison. On n'evoie plus de forçats depuis 1938. Les bagnes ont disparu, pas le système éliminatoire et carcéral à la française. Cette "Vieille barbarie" pour reprendre l'expression d'Alexandre Jacob est bien vivante, elle dévore encore, encore et toujours, Jean-Marc Rouillan, les frères Khider en savent quelque chose. Les prisons françaises sont pleines à craquer.

 

Faire crever, éliminer. Hier: les apaches "La plaie de Paris" pour le Petit Journal en date du 20 octobre 1907. Armée de réserve du crime organisé "30.000 rôdeurs contre 8.000 sergents de ville". Aujourd'hui combien sont-ils ? Les jeunes de la cité, junkies, les putes, les Noirs, les Arabes, les Jaunes, les "avec-papiers" mais sans travail, les sans-papiers tout court, le sinvisibles de Tarnac ou d'ailleurs et, à l'avenir, les porteurs de cagoule socialement et politiquement récalcitrants. Dis-moi qui tu supprimes et je te dirai qui tu hais. A qui le tour ?

Principe de régénération. Hier comme aujourd'hui, la société industrielle, capitaliste et bourgeoise se nourrit de tout, même des exclus qu'elle génère. Surtout des exclus que la paupérisation engendre. Sans la criminalité dont ses lois ont défini les contours, elle ne peut se maintenir. La peur produit la cohésion sociale par la volonté de répression: préalable obligatoire à l'enfermement des classes volontairement supposées dangereuses, et cela commence dès le plus jeune âge. Hier, le "savant" italien Lombroso déterminait des profils de criminels. Aujourd'hui encore, cherche jusque dans les écoles maternelles les délinquants futurs, la chanson peut démarrer.

 

"Jeunesse d'aujourd'hui ne faites plus les cons car une simple connerie on vous fout en prison !"

Rythme lent au début, inexorable et délétère marche en avant vers le désespoir et la fatalité carcérale. Puis tout s'accélère comme pour répondre à la chanson éponyme de Jacques Higelin: non, Cayenne, c'est pas fini ! C'est même un avertissement. Les paroles de Cayenne sont encore d'une brûlante actualité.

Au début du XX° siècle, le sentiment d'insécurité, largement entretenu par la grande presse de la Belle Epoque, stigmatise tout un arsenal de lois répressives aboutissant à la criminalisation de la jeunesse des boulevards parisiens, mais aussi de la pauvreté sociale et du monde des marginaux. Celle de 1854 crée le peine affligeante des travaux forcés. Affligeante parce que le travail n'a jamais rendu libre le détenu, il n'a jamais préparé à la réinsertion. Le travail tue.

La loi de 1885 ouvre, elle, la chasse au multirécidivistes de la petite et moyenne délinquance. La Guyane peut alors accueillir quelque 10.000 relégués de cette date à la fermeture définitive, en 1953, des prisons coloniales. Les bataillons d'Afrique et Biribi regorgent de jeunes recrues déclassées que n'ont pas réussi à redresser les prisons d'enfants de Mettray et de Belle-île. Le crime du pédophile Soleilland en 1907 secoue l'opinion publique, la question de suppression de la peine de mort est repoussée à plus tard, on connaît la suite mais c'est une autre histoire.

 

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Cayenne évoque ces gens-là. Cayenne dont 'lauteur reste anonyme, a connu de nombreuses versions. Une des dernières en date provient d el'île de Beauté, cette complaisante prend dans ce cas les airs d'une dénonciation féroce et caustique d'une partie de la jeunesse dorée corse, ralliée par désoeuvrement et par racisme, aux actions nationalistes des multiples canaux historique ou autres. C'est l'énergique punk rock de Parabellum qui popularise néanmoins en 1986 un texte narrant à l'origine la triste et navrante histoire d'un honnête maquereau ayant refroidi un client violent et récalcitrant. Géant vert, le parolier du groupe à cette époque, a remanié un texte dont certains, sur le Net, s'évertuent à attribuer la paternité à Aristide Bruant. Certes, la construction d'ensemble peut faire penser à l'auteur de Nini peau d'chien, de la Goutte d'Or ou encore de Biribi.

L'évocation des lieux parisiens montrerait alors que le chansonnier des cabarets Le Chat Noir et le Mirliton connaissait bien mal la capitale, lui qui l'a si bien chantée ! Il est plus raisonnable d'envisager un amateur taquinant la muse. Et pourquoi pas le héros de cette geste tragique ?

 

Cayenne a été chantée par les transportés. Elle n'a pas eu le succès du Chant de l'Oraput, mais l'historien du bagne Michel Pierre nous dit l'avoir entendu de la bouche d'un des derniers survivants des camps de concentration guyanais qu'il  apu interviewer pour le sbesoins de ses recherches.

Le 5 aout 2008, sur le site web Images Plus, un dénommé Daniel Lacombe abonde dans le même sens à propos de l'évocation des chansons du bagne: "Je suis un hommes de la première moitié du siècle passé. (...) J'ai entendus d'anciens repris d ejustice dont certains avaient embarqué d el'île de Ré, pour le bagne, il y avait d'autres couplets, et le refrain légèrement différent. (...) Ce texte provient, en majeure partie, de la bouche même de sgars de la zone qui, lors de la construction du boulevard périphérique (tronçon entre la porte de la Chapelle et la porte de Clichy) se sont retrouvés parqués dans des masures et baraquements près des usines Citroën à Saint-Ouen. Certains des anciens fredonnaient ce chant, j'ai bien retenu l'air."

 

L'anecdote porterait création d ela chanson après le premier conflit mondial. L'usine Citröen ouvre officiellement ses portes à Saint-Ouen le 25 janvier 1919. La version de Cayenne que donne Daniel Lacombe diffère de celle de Parabellum mais dans les deux cas, on peut retrouver le triptyque mac-putain-miché, révélant au-delà des différences la prégnance d'une misère sociale, montrant à ses enfants le chemin de la guillotine sèche: le bagne.

Une histoire de bas-fonds donc. Une histoire d'honneur qui voit son héros aller finir sa vie à Saint-Jean-du-Maroni, lieu d'expiation où sont envoyés les "pieds-de-biche" de la relégation, ou ailleurs. L'appellation Cayenne est générique, le mot désigne le bagne dans son ensemble alors que l'on retrouve des bagnes (c'est à dire des camps de travail) partout en Guyane et que Cayenne n'en est pas le principal.

 

En criant "Les crabes à la mer", Schultz, le chanteur des Parabellum, fait allusion à la haine qu'a pu osulever, la violence de sgardiens de prisons envers les transportés. Et que soulève encore la brutalité des matons, des flics et autres gardiens du temple sécuritaire. Le crabe, c'est le chaouch, le garde-chiourme, l'agent d ela Tentiaire. L eplus souvent un Corse ou un Breton, originaires de ces régions pauvres de la République, grandes pourvoyeuses de élés mais aussi corrompus et alcooliques fonctionnaires.

Quatorze ans après, Parabellum, la version des Amis d'ta femme remplace cette hrase par: "Une seule solution: c'est la Révolution !" Le groupe nancéen a rajouté aussi un couplet. Dans tous les cas, Cayenne est devenu un hymne, une ode à la gloire des victimes d'une justice forcément de classe. Et, comme a pu le démontrer Georges Sorel (théoricien du Syndicalisme Révolutionnaire) au début du siècle dernier dans ses Réflexions sur la violence, il convient de ne jamais oublier que la violence légale s'appelle forces de l'ordre.

 

"Vive les enfants d'Cayenne ! A bas ceux d'la Sûreté !"

 

Quelques lectures sur le sujet, aux éditions Libertalia:

 

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Q
Hé non, Cayenne c'est pas fini. Pour preuve, cette petite histoire qui date de 2016 :<br /> http://quebeuls.canalblog.com/archives/2016/06/13/33947375.html
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