Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
Fernand Iveton, né le 12 juin 1926 au Clos-Salembier (Alger) et exécuté le 11 février 1957. Français d'Algérie, militant anti-colonialiste du Parti Communiste Algérien, délégué syndical CGT à l'usine de gaz du Hamma à Alger pendant la guerre d'Algérie.
Article de l'historien Alain Ruscio paru dans l'Humanité:
" Le Centre culturel algérien honorait, cette semaine, la mémoire du militant communiste et patriote algérien Fernand Iveton, guillotiné le 11 février 1957,
poursuivi par la haine tenace d’un gouvernement dont le ministre de la « Justice », et donc principal décideur, s’appelait François Mitterrand. Par Alain Ruscio, historien
Son « crime » ? Avoir projeté de poser une bombe pour saboter une tuyauterie dans l’usine à gaz d’Alger. L’engin avait été programmé pour exploser à 19 h.
30, c’est-à-dire à un moment où les lieux étaient déserts. Il ne pouvait donc pas faire de victime. Il avait d’ailleurs été découvert avant l’heure et désamorcé. En temps « normal », la sanction
aurait dû être de quelques années de prison. Oui, mais… la guerre d’Algérie a été une permanente anormalité dans l’histoire française et, en particulier, de la justice.
Fernand Iveton faisait partie de ces militants du Parti communiste algérien – plus nombreux que ce que veut bien dire une certaine historiographie – qui
avaient épousé très tôt la cause de l’indépendance de son pays. Oui, son pays. Car Iveton, cela fut rappelé avec force lors de cette soirée, était un fils de ce peuple, un Algérien à part
entière, sans formule complémentaire (du type « d’origine européenne »). Avec ses camarades Maurice Laban, Henri Maillot, Maurice Audin, Henri Alleg, bien d’autres encore, il ne se posait pas la
question des « origines » de ses camarades de combat : son pays, l’Algérie, était la proie d’un système honni, le colonialisme, il fallait l’en débarrasser, c’était aussi simple que
cela.
Lorsque Fernand Iveton fut arrêté, la propagande coloniale, haineuse, accentua immédiatement ses accusations anticommunistes : elle tenait la « preuve » de
la manipulation par le PCF, donc par Moscou, du mouvement patriotique algérien. Est-ce cette situation qui amena ce Parti à faire preuve de prudence et à ne pas s’engager dans la défense
militante d’Iveton ? Jean-Luc Einaudi, auteur il y a vingt-cinq années d’une histoire de ce drame, maintint sa sévère analyse de cette attitude. D’autres présents, dont de nombreux anciens cadres
du FLN, nuancèrent cette sévérité et rappelèrent la fraternité d’armes d’antan, malgré les divergences politiques.
Si le contexte particulier de cette époque permet de comprendre (approuver est une autre question) cette prudence, il faut que la mémoire communiste,
aujourd’hui, se réapproprie Fernand Iveton. Il fut un pur héros, mort pour son idéal. Au pied de l’échafaud, il ne baissa pas les yeux. Il embrassa ses deux compagnons d’infortune, eux aussi
condamnés à mort, Mohamed Ouenouri et Mohamed Lakhnèche. Puis jeta aux yeux de ses bourreaux – et de la France colonialiste – un vibrant « Vive l’Algérie ! ».
Cette affaire reste en tout cas une tache indélébile dans l’histoire de la France contemporaine. Mais la particularité du cas Iveton ne doit pas faire
oublier que le sang a été répandu à flots durant cette période : 221 autres patriotes algériens, classés, eux « musulmans », furent guillotinés, dont 44 durant la période où François Mitterrand
était Garde des Sceaux.
En ces temps de réhabilitation tous azimuts du colonialisme, en ces temps où un pouvoir sarkozyste aux abois utilise le mythe Bigeard pour chasser sur les
terres du Front nationali, il est bon de rappeler que ce système, né dans la violence, ne s’est perpétué que par le sang, avant de s’écrouler lamentablement."