Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
Article du Courant Syndicaliste Révolutionnaire: http://www.syndicaliste.fr/
Le concept de « Gauche » est couramment utilisé afin de définir le camp des travailleurs en opposition à nos adversaires : « la Droite ».
Idéalisme ou matérialisme ?
Cette notion de « gauche » correspond à une vision idéaliste des luttes sociales. Ce serait l’idéologie qui définirait l’action politique. Il pourrait donc y avoir des bourgeois de gauche défendant les intérêts des travailleurs. Cette vision est donc une porte ouverte à la collaboration de classe puisque cela sous-entendrait que les travailleurs pourraient combattre côte à côte avec des bourgeois pour défendre les mêmes intérêts.
La plupart des organisations affinitaires (recrutant sur une base idéologique), partis ou non, développent ce mythe, ce qui justifie un rassemblement sans tenir compte de l’appartenance de classe. Cependant, dans l’histoire, des partis « socialistes » ont pu exister en s’adressant quasi exclusivement au recrutement de prolétaires. C’est le cas du Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire (les allemanistes qui seront parmi les fondateurs de l'idéologie Syndicaliste Révolutionnaire) en 1890 en France, du Parti Ouvrier d'Unification Marxiste espagnol en 1935 mais aussi de certaines organisations libertaires se revendiquant de la lutte des classes (les communistes libertaires).
Les syndicalistes révolutionnaires, tout comme les marxistes et les communistes libertaires, rejettent l’idéalisme. Nous pensons que l’idéologie n’est pas un phénomène autonome mais au contraire qu’elle est le produit de l’appartenance de classe. Une organisation anti-capitaliste ne peut donc défendre une politique cohérente qu’en recrutant uniquement dans le prolétariat (et l'organisation du prolétariat c'est le syndicat de classe), c’est à dire la seule classe sociale qui a intérêt à combattre l’exploitation capitaliste. Ce schéma correspond à une vision matérialiste, opposée à la vision idéaliste.
L’apparition de la notion de « Gauche » : contre la classe ouvrière
Cette notion est partiellement issue de la Révolution française de 1789. A l'époque, les députés devaient se prononcer sur la possibilité donnée au Roi Louis XVI de disposer ou non d'un droit de veto sur les lois à venir. N'arrivant pas à faire régner le calme, le Président de séance demanda aux partisans du Oui de se placer à sa droite, et aux détracteurs à sa gauche. Mais surtout la notion de gauche et de droite se formalisa en structurant la vie parlementaire de la monarchie de juillet 1830 (sous le roi Louis-Philippe), sur un clivage qui n’a vraiment rien à voir avec le mouvement ouvrier : pour ou contre telle « famille » d’aristocrates, pour ou contre un nouvel impérialisme français.
La Gauche est donc le produit des luttes parlementaires. Or ces luttes ont été menées exclusivement par la bourgeoisie qui, à l’époque déjà, monopolise les sièges de députés.
Il n’y aura aucun député sans culotte en 1789, et aucun député ouvrier en 1830. Rapidement ces députés bourgeois vont montrer le vrai visage de leur politique. Ils fondent des « clubs », embryons de partis politiques, dans lesquels la bourgeoisie dispose des postes de commandement. L’erreur des Sans Culottes, organisés au sein de la Commune de Paris, sera de pratiquer une politique de pression sur les députés Montagnards, la gauche radicale de l’époque menée par Robespierre, au lieu de s’organiser de manière indépendante. Ce parti choisira au final de réprimer les Sans Culottes et de liquider la Commune de Paris. La même erreur sera renouvelée en 1848. La gauche de l’époque choisit de frapper en juin 1848 les ouvriers ralliés à la perspective socialiste. Au fil du XIXème siècle, la gauche tend à se radicaliser sous l’effet de
la pression ouvrière. Après avoir représenté les financiers, commerçants et artisans, la gauche devient la porte parole des paysans pauvres et d’un prolétariat de plus en plus nombreux.
Dans la seconde partie du siècle, la gauche libérale cède la place à une gauche « radicale » puis une gauche « socialiste ». Des partis politiques, se référant au marxisme, gagnent une implantation militante et électorale dans les villes, là où la classe ouvrière lui offre une clientèle électorale. Le vocabulaire marxiste dont se dotent ces partis, cache la nature de classe de ces organisations. Il existe bien une base militante ouvrière. Mais le gros de ces partis, et principalement les cadres, sont constitués de bourgeois (médecins, notaires, journalistes et professeurs qui à l’époque appartiennent au milieu des petits notables).
La personnalité de Jean Jaurès est le symbole de cette évolution. Ce notable, issu du radicalisme républicain, finit par se rapprocher de la CGT syndicaliste-révolutionnaire afin de neutraliser un mouvement ouvrier un peu trop autonome à son goût. Les partis de Gauche sont nés des luttes parlementaires au cœur des institutions du système capitaliste. Malgré leur discours marxiste, l’axe de leur intervention politique est orienté vers les mobilisations…. électorales, vers la conquête de mairies et de sièges à l’assemblée nationale. Les sensibilités révolutionnaires sont vite mises en minorité dans les partis socialistes. La lutte électorale apparaît comme la priorité stratégique. Elle s’intègre au vécu des notables de gauche et valorise leur capital culturel par rapport aux ouvriers. Les luttes institutionnelles protègent leur hégémonie et la renforce même. Pour certains prolétaires, les élections sont aussi le moyen d’assurer une ascension sociale en devenant des cadres politiques qui s’échappent de l’exploitation capitaliste. Le courant socialiste de Jules Guesde est certainement le plus caricatural. Son discours marxiste, son projet révolutionnaire sans arrêt reporté à plus tard, servent de caution à une gestion quotidienne des municipalités républicaines et à des alliances électorales opportunistes. Au moment où la gauche « socialiste » commence à prendre le dessus sur la gauche radicale et laïque, la première est victime d’une véritable institutionnalisation. Une lecture révisionniste du marxisme apparaît, ce qui donne naissance au réformisme, la social-démocratie.
Réformisme contre Révolution
Le réformisme a comme stratégie le passage au Socialisme par étapes, dans un processus pacifique. Les réformistes entendent ainsi éviter un affrontement avec la bourgeoisie. Cette vision de la construction du Socialisme les amène à privilégier la conquête des institutions, celles ci devant se mettre au service de réformes destinées à réduire le pouvoir de la bourgeoisie. Mais ce courant se divise rapidement entre ceux qui croient réellement à cette stratégie, et ceux qui utilisent le discours réformiste afin de s’accommoder du régime en place et des petits privilèges qu’offre la gestion des institutions.
Les réformistes demeurent des partisans, du moins déclarés, du Socialisme. Seule la stratégie les distingue des révolutionnaires pour qui la destruction de l’appareil d’Etat est une nécessité. Ces deux courants se retrouvent à agir côte à côte dans les luttes quotidiennes. Les réformistes, pour certains d’entre eux, sont également partisans de la construction d’organes prolétariens de contre pouvoir : Syndicats, Bourses du Travail, Coopératives, associations d’entraide,…
Mais en période de montée des luttes sociales, le courant réformiste se divise à nouveau. Il y a ceux qui se rallient aux révolutionnaires, emportés par l’élan de la combativité ouvrière. Il y a également ceux qui brisent les luttes qu’ils estiment dangereuses pour la construction du Socialisme par étapes. Ils choisissent donc une politique clairement contre-révolutionnaire qui les amène à se démarquer du courant révolutionnaire. Ainsi en 1920, les réformistes choisissent de canaliser les grèves vers des négociations institutionnelles. Mais c’est en 1936 que les désaccords entre révolutionnaires et réformistes apparaissent clairement. La victoire de ces derniers est rendue possible par le ralliement du PCF au réformisme.
Le mythe de l’émancipation par la prise de l’Etat
Le mythe actuel que véhiculent les partis de gauche laisse entendre que les travailleurs pourraient confier à un parti leur émancipation. La méthode privilégiée et la plus confortable demeure les élections. La création de lois sociales permettrait de défendre les intérêts des travailleurs et de réduire ceux des capitalistes. Voyons de plus près !
1936-1939 L’expérience du Front Populaire est devenue un mythe. Les travailleurs ont élu des députés de gauche pour faire appliquer leurs revendications. Quel a été la politique du gouvernement de gauche ?
En juin 1936, les travailleurs construisent la grève générale et imposent un accord au patronat, entre autre sur les Délégués du Personnel et les congés payés. Les partis de gauche ont tout fait pour que la grève générale ne débouche pas sur la révolution.
A l’été 1937, des grèves éclatent partout en France…. pour faire appliquer la loi sur les congés payés pourtant gagnée quelques mois auparavant par les travailleurs puis validée par le gouvernement du Front Populaire. La réaction de la SFIO au pouvoir à cette période montre bien son rôle : le ministre de l’intérieur, le social-démocrate Salengro jure de mettre un terme « par tous les moyens appropriés » à ces grèves. C’est ainsi qu’il ordonne l’envoi de la gendarmerie contre les grévistes qui luttent pour l’application… de la loi.
En 1938, c’est l’échec de la grève générale qui met un terme à toutes les avancées sociales de 1936. Deux ans plus tôt les travailleurs pensaient que l’Etat allait les aider à mettre en place une législation sociale. Deux ans plus tard c’est le gouvernement du Front Populaire qui s’attaque aux lois sur les 40h et sur les congés payés. Les travailleurs engagent la lutte contre ceux à qui ils ont confié le pouvoir !
Les travailleurs ne tirent malheureusement pas assez les leçons de ces expériences de leurs propres luttes. C’est le rôle d’un courant syndical révolutionnaire de les y aider. Car il apparaît plus facile de construire le Socialisme par une succession de réformes …. venant d’en haut. Il est plus facile de consommer que de produire !
Mais cela veut dire aussi s’enfermer dans sa situation de « citoyen » c'est-à-dire d’administré sans pouvoir de décision si ce n’est voter tous les 5 ans pour un bourgeois « de droite » ou un bourgeois « de gauche ».
En 1945, à la libération de la France, malgré l’adoption du programme du Conseil National de la Résistance, des grèves éclatent et sont durement réprimées(nombreux blessés et morts parmi les grévistes) par l’Etat pour encore une fois l’application des lois.
En 1947 le PC doit quitter le gouvernement sous la pression du mécontentement ouvrier. La SFIO va s’y maintenir et subir un discrédit total.
En 1981, alors que l’Union de la Gauche est au pouvoir, là encore les travailleurs seront priés de ne pas lutter et d’attendre que l’Etat veuille bien gérer leur bonheur à leur place. Les nationalisations, indemnisées gracieusement, donnent au peuple une « propriété théorique » des entreprises et services publics. Théorique et non pas réelle car les travailleurs ne gèreront rien. C’est la technocratie et les cadres politiques de la gauche qui occupent les postes décisionnels.
Ces expériences n’ont pas ouvert la voie au Socialisme. Elles ont simplement donné plus de puissance à l’Etat capitaliste, renouvelé le personnel politique en intégrant des parvenus. De nombreux responsables syndicaux ont été intégrés aux institutions, tout comme les activités syndicales qui autrefois étaient autonome de la bourgeoisie : sport ouvrier, activités culturelles, coopératives,…
Ces lieux de vie fraternelle, de contre-pouvoir ont été détruits…. par la politique d’intégration aux institutions. Quand les gouvernements suivants se sont attaqués aux acquis sociaux ils se sont appuyés sur la « puissance publique» et sur le mythe d’un Etat Social véhiculé par la gauche. Depuis des siècles, les classes populaires s’étaient régulièrement révoltées contre le pouvoir d’Etat. Les partis de « gauche » ont réussi à donner à cet Etat plus de légitimité que l’Eglise n’avait réussi à le faire sous la monarchie. Le basculement des réformistes vers la gestion du capitalisme ne s’explique pas seulement par la trahison, la corruption individuelle et l’embourgeoisement collectif. Leur modèle politique est entré en crise. Les Fronts Populaires en France et en Espagne ont montré toutes les limites de la stratégie réformiste. Face à une bourgeoisie qui n’accepte pas de disparaître, il faut bien assumer à un moment un affrontement violent ou alors renoncer. Le Front Populaire en France a reculé dès 1937 et n’a pas appliqué son programme réformiste. Son homologue espagnol n’a pas assez reculé et a dû subir le choc d’un coup d’Etat et d’une guerre civile improvisée car ne rentrant pas dans le schéma des partis de gauche.
Mais la vraie crise du réformisme intervient en 1973 avec le coup d’Etat de Pinochet au Chili qui marque la fin du mythe « d’une voie pacifique vers le Socialisme ». Le président Allende et son Parti Socialiste étaient de vrais réformistes. Ils croyaient pouvoir abattre le capitalisme par une succession de réformes mises en oeuvre par l’Etat et appuyées par le peuple. Malgré l’opposition active de l’armée, le gouvernement a refusé de donner des armes au peuple. Cette expérience réformiste, a fini dans le palais présidentiel… bombardé par l’armée de l’Etat bourgeois. En choisissant de mourir les armes à la main, Allende a voulu témoigner de l’échec de sa stratégie réformiste et transmettre aux travailleurs un message : le Socialisme ne pourra se construire qu’en détruisant l’appareil d’Etat de la bourgeoisie.