Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
Si l'insurrection de Parme en août 1922 est oubliée par la plupart des milieux révolutionnaires, elle reste, malgré l'échec final que représente l'avènement du fascisme italien, la première défaite militaire que subirent les partisans « squadristes ». Le mérite principal de l'ouvrage de Pino Cacucci est d'avoir soulevé le voile sur cette histoire. Il nous faut saluer sont talent, il réussit par son écriture et par ses rappels historiques permanents à nous faire revivre ces évènements.
Le roman débute cinquante ans après les faits: un vieux militant Arditi del Popolo choqué par l'assassinat de Mariano Lupo, se voit empressé en retour de manif de raconter les « barricades » de l'Oltretorrente, quartier prolétaire de Parme aux jeunes l'entourant.
Ils semblent avoir été bercés des exploits de ces résistants anti-fascistes.
Au fil des pages, nous allons découvrir la situation sociale parmesane d'après-guerre: la division syndicale (entre syndicalistes révolutionnaires, neutralistes, socialistes et « populaires »); l'existence d'une Ligue Prolétarienne (organisation qui ressemble aux bourses du travail, fondée après-guerre dont l'activité se faisait sur le térrain: assistance aux rescapés, aux familles, bourse de placement, action syndicale); l'attachement des notables au camps fasciste, protecteur du patronat et ambiguïté de nombreux représentants de l'Etat.
Dans cet ouvrage, plusieurs figures ont la part belle: du côté antifasciste le « député » socialiste révolutionnaire Guido Picelli, le cheminot anarchiste Antonion Cieri; du côté fasciste, les Ras (chefs de groupes) Roberto Farinacci et Italo Balbo.
L'auteur a choisi de nous décrire leurs actions au cours des journées tout en rappelant leur passé et leurs motivations. Les personnages y gagnent en humanité, et ce qui aurait pu n'être qu'un compte rendu d'un affrontement entre 10000 squadristes et 600 militants de l'oltretorrente devient un véritable siège épique.
Au final, quels enseignements pouvons nous tirer de ce baroud d'honneur parmesan ?
Les hésitations de nombreux anciens combattants et/ou militants, comme les syndicalistes révolutionnaires d'Alceste de Ambris ont pesé lourd dans la balance et permis aux faisceaux de combat naissant de se donner un vernis révolutionnaire dont ont su profiter des prétendus socialistes (Mussolini, Longoni, Pasella, Annunzio).
Cacucci explique le ralliement rapide après-guerre des SR au camp antifasciste: leur légion Filippo Corridoni combattra au final les agresseurs de l'Oltretorrente.
Les SR ne sont pas les seuls à s'être trompés sur le mouvement fasciste, les partis socialistes et communistes ont en effet privilégiés leurs propres intérêts au détriment de ceux du prolétariat.
Que se serait-il passé si en 1922 un coup d'arrêt avait été mis aux ambitions fascistes ?
Nous ne pouvons tirer des plans sur la commette, néanmoins, il est important de rappeler qu'un bilan clair doit être tiré de la montée des fascismes/nazismes européens dans les luttes antifascistes actuelles.
"Oltretorrente" de Pino Cacucci aux éditions Christian Bourgeois