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  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 15:18

Au début des années 30, les JGS en Belgique forment l'équivalent (sur la ligne politique) en France des TPPS et de la tendance Gauche Révolutionnaire au sein de la Section Française de l'Internationale Ouvrière menée par Marceau Pivert. Il y eu également à cette période des JGS en France, avec les mêmes techniques de combats sous les conseils de Serge Tchakhotine, mais ils ont surtout été des troupes de réserves pour les TPPS lors d'actions de terrain contre le fascisme, et leur rayonnement ne dépassa pas l'ile de France.

 

Alain Colignon, licencié d'histoire et auteur de différents travaux sur l'extrême droite, a étudié les Jeunes Gardes Socialistes en Belgique, cette tendance jeune révolutionnaire et antifasciste au sein du réformiste Parti Ouvrier Belge (l'équivalent du PS-SFIO en France à cette époque) et livre une étude de 44 pages bien documentées à leur sujet « Les Jeunes Gardes Socialistes, ou la quête du Graal révolutionnaire (1930-1935) » dont nous reproduisons ici le chapitre 4 « Un peuple Jeune Garde, un style Jeune Garde, un Etat Jeune Garde ? ».

 

(Le texte en entier:)

http://www.cegesoma.be/docs/media/chtp_beg/chtp_08/chtp8_007_colignon.pdf

 

 

La croissance du « peuple JGS » prit de l’ampleur tandis que s’ankylosait l’appareil économique et que s’allongeaient les files de chômeurs 66. Durant l’année 1931-1932, le nombre total des sans-emploi s’éleva de 207.378 à 318.680 unités. En 1932 et de manière simultanée, la poussée ascensionnelle que connaissait le mouvement parut tourner au raz-de-marée. De semaine en semaine, les inscriptions se multiplièrent. Lorsqu’il inaugura le congrès annuel tenu à Gand les 29 et 30 octobre 1932, le secrétaire national Godefroid put faire de son rapport moral un bulletin de victoire . A cette date en effet, 13.900 affiliés étaient recensés.

 

La création de sections s’était intensifiée au Borinage, dans le Pays noir ainsi qu’à Bruxelles, qui jusque-là était resté un peu à la traîne. Le recrutement piétinait encore dans le Namurois ainsi que dans l’arrondissement de Dinant-Philippeville, où on ne trouvait que 122 JGS pour 10.099 affiliés au POB. C’était dans la région liégeoise que le bond en avant se révélait le plus spectaculaire puisque de 900 en 1931, le nombre de Jeunes Gardes était passé à 2.000 à l’automne 1932 et à 5.000 en 1934. C’était très bien et l’on pouvait espérer faire mieux dans la mesure où la fédération liégeoise du Parti possédait 70.412 membres… .

 

 

 

Un léger nuage ternissait toutefois ces riantes perspectives. La progression en Flandre, réelle, ne parvenait pas à déborder les terres de vieille implantation socialiste. Le plat pays eut beau doubler sur le papier le nombre des groupes JGS et ajouter encore en 1933 quelque 1.700 adhérents aux 1.200 de 1932, cela ne donnait toujours qu’un capital humain inférieur à celui que l’on pouvait comptabiliser aux heures fastes de 1923.

 

Malgré ces légers mécomptes, l’augmentation ne connut aucun essoufflement en 1933 grâce aux nouveaux apports du côté wallon. La communauté Jeune Garde se flattait alors d’aligner 25.000 adhérents et se disait assurée d’en regrouper bientôt 30.000, voire davantage. C’était une communauté prospère qui avait profondément modifié sa façon de se présenter, et qui, grandissant par le nombre, avait vu grandir pareillement ses ambitions.

 

jeune garde socialiste

 

Changement de style d’abord. Tout avait débuté au mois d’août 1931. Jusque-là, en bon fils du rationalisme et du positivisme, le socialisme belge avait fait usage avec une certaine modération de la symbolique politique même si son émergence en tant que formation de masse s’était accompagnée de techniques de propagande plus élaborées que celles de ses rivaux. Elles pouvaient sembler encore bien rudimentaires en 1930 par rapport à ce qui se faisait déjà à l’étranger. Ceux qui se réclamaient de ses idéaux se satisfaisaient en brandissant le drapeau rouge et en occupant l’espace public à la date du 1er mai. L’Internationale était certes chantée « religieusement » et les « grands hommes » se voyaient célébrés non moins « pieusement », mais ses chefs n’avaient pas estimé pour autant devoir procéder à des tentatives de liturgisation de la vie publique.

 

 

 

A l’instar des aînés, la Jeune Garde exhibait lors des manifestations drapeaux et brassards rouges, tout en arborant comme il se devait son insigne au fusil brisé. Cela n’allait guère au delà. Avec l’apparition du Parti communiste, la musique aurait pu être différente puisque celui-ci, après les tâtonnements d’usage, eut tendance à accentuer l’aspect ‘prolétarien’ de son image. Le nouveau venu, tenu par le POB pour un “briseur de l’unité ouvrière”, était toutefois trop maigriot pour flatter l’imagination de l’appareil socialiste. Le déclic essentiel vint d’outre-Rhin, de la social-démocratie allemande pour être précis. En août 1931, une délégation JGS s’était déplacée à Francfort-sur-le-Main pour assister à un rassemblement de masse de la Sozialistische Arbeitersjugend (SAJ). Plusieurs dizaines de milliers d’adolescents avaient défilé devant elle, clairons sonnant et tambours roulant. Elle était revenue d’Allemagne très impressionnée par la démonstration ; un de ses membres, Léo Collard, avait estimé qu’il était possible de réaliser la même chose en l’adaptant au cadre belge.

 

 

 

Il ne s’agissait cependant pas d’une soudaine révélation. A gauche, l’intelligentsia avait eu depuis plusieurs années déjà l’occasion de méditer à ce propos les réflexions d’Hendrik De Man sur les éléments constitutifs de l’engagement militant. Délaissant l’économisme cher aux milieux socialistes pour la psychologie collective, cet intellectuel de haut vol avait en effet consacré un chapitre de son fameux Au-delà du marxisme (1927) au symbolisme empreint de religiosité qui savait parler au coeur des masses laborieuses. Et il avait de surcroît réhabilité le facteur émotionnel puisque d’après lui, “(…) la vigueur de la pensée socialiste provient précisément de ce qu’elle donne une forme rationnelle à une aspiration émotionnelle aussi éternelle et aussi universelle à la société humaine elle-même…”.

 

 

 

A la suite de Hendrik De Man et comme le fera peu après Serge Tchakhotine, Collard et ses amis découvraient que… “Parmi les différents éléments qui conditionnent la puissance, (deux sont essentiels) … : l’uniforme et les chants. (…) Les jeunesse socialistes allemandes ont ainsi créé plus qu’un uniforme : un véritable équipement de classe. Lorsqu’elles défilent dans les rues d’une ville, l’atmosphère est immédiatement créée. L’effet psychologique est énorme. C’est la démonstration concrète – il n’en est pas de plus éloquente – de l’identité existant entre tous les membres. L’esprit de groupe, de classe, est immédiatement créé. Les chants collectifs lui donnent une âme…” . Afin de procurer à la Jeune Garde ce supplément d’âme, Collard réussit à convaincre les militants présents au congrès de Charleroi (7-8 novembre 1931) de faire adopter au mouvement un signe de reconnaissance clair, identifiable par les adversaires comme par les amis. Sa suggestion fut discutée mais, malgré certaines réticences, elle fut finalement approuvée.

 

 

 

La volonté d’intensifier le sentiment d’appartenance communautaire par le recours à une symbolique vestimentaire appropriée existait en Belgique bien avant l’été 1931. Si, comme nous l’avons dit, la famille socialiste avait dès 1926 mis sur pied des Milices de Défense ouvrière accoutrées d’une esquisse d’uniforme (costume de ville, casquette, giberne en bandoulière et ‘canne de jonc’), c’est le minuscule Faisceau belge du marquis de Beauffort, inspiré comme son nom l’indique par l’équipée mussolinienne, qui semble avoir été le premier à introduire cet usage dans notre pays en affublant ses (rares) adeptes d’une chemise noire. C’était au printemps 1923. Après avoir absorbé le Faisceau, la Légion nationale de Henry Graff puis de Paul Hoornaert récupéra la chemise noire à son compte pour en revêtir ses Sections de Protection. Elle estimait elle aussi que cela permettrait de “renforcer la cohésion et la discipline en effaçant les différences sociales” entre les adhérents.

 

Les souvenirs du conflit mondial, de la grande fraternité guerrière baptisée par le fer, le sang et la boue des tranchées demeuraient très présents. Lancée en avril 1923, la mode légionnaire du port de la chemise noire et du béret alpin n’acquit une très relative visibilité dans les rues qu’à partir de 1925. Nationalisme oblige, la chemise était censée reproduire les sarreaux foncés des ‘glorieux combattants de 1830’… Puis, comme le noir évoquait par trop le fascisme transalpin, les chemises de la Légion bleuirent au début de 1932.

 

 

 

Les JGS l’avaient précédée de quelques mois dans ce choix esthétique. Les réserves formulées quant à l’adoption de la chemise découlaient du fait que la Jeune Garde, dans son ensemble, ne se tenait pas pour une milice supplétive. Les Milices de Défense ouvrière pouvaient parfaitement remplir cet office. Son antimilitarisme foncier dut aussi jouer dans les hésitations. Enfin, d’aucuns répugnaient à devoir endosser un ‘uniforme’ qui risquait d’être dispendieux en un temps de crise et de chômage. Les dirigeants durent à nouveau mettre les pendules à l’heure : “Nous voulons simplement une coiffure et une chemise avec cravate, c’est tout. (…) Mais il serait souhaitable que l’on n’aboutisse pas à un éparpillement, que les Jeunes Gardes du Brabant soient habillés d’une telle façon et ceux du Borinage d’une autre façon. (…) Il faut un uniforme de la FNJGS comme il y en a un en Allemagne. Un uniforme fédéral et en dessous, une conscience fédérale (sic) ! Du caporalisme prussien ? Non, camarades, des consciences claires et disciplinées”.

 

 

 

Le comité national dut donner des directives précises en janvier 1932 afin d’éviter “des catastrophes” (voir, par exemple, les jeunes changer de tenue de région à région ou de commune à commune) et pour que se popularise ce qu’il avait baptisé euphémiquement “l’uniforme international” : la chemise bleue, la cravate rouge ainsi que le démocratique béret basque. Par mesure de sécurité, le comité priait instamment les présidents des comités locaux de faire la chasse “à ces casquettes et képis de garde champêtre”incongrus dans une tenue vestimentaire qui se voulait austère comme la Révolution.

 

Les éléments étrangers à la famille socialiste ne manquèrent pas d’ironiser sur ces étranges pacifistes en uniforme. Les cadres du mouvement, eux, espéraient bien que grâce à ces initiatives, on assisterait sous peu à la naissance d’une “mystique JGS” et que leur communauté en sortirait renforcée.

 

Apparemment, ces efforts trouvèrent leur récompense. Le port de la chemise bleue se répandit comme une traînée de poudre. Des groupes plus ou moins ordonnés de Jeunes Gardes paradèrent déjà accoutrés de la sorte le 1er mai 1932. Ils firent, à en croire la presse militante, grosse impression. Le mouvement accentuait parallèlement son raidissement doctrinal. Se présentant sans complexe comme le fer de lance du socialisme, il s’appliqua à mettre en place tout un rituel qui avait pour fonction d’affirmer sans cesse son identité, sa cohésion. Les « conseils » prodigués sur le mode impératif plurent dès lors sur les fédérations régionales : “La Jeune Garde doit apprendre à ses affiliés les habitudes d’ordre, d’économie, de discipline en exaltant l’esprit de sacrifice. (…) Il faut adopter l’uniforme qui fera jaillir de nos cortèges une impression de force et de grandeur ! - La question des drapeaux : faisons comme nos camarades allemands. Plaçons en tête de nos cortèges dix, quinze, vingt drapeaux rouges immenses, tout rouges, sans inscription, que nous brandirons à bout de bras ! (…).

 

 

 

- Rénovons nos cortèges. Que chaque chef de groupe ait son mot d’ordre, qu’il criera et qui sera repris ensuite sur un rythme de marche. Par exemple : guerre à la guerre ! A bas le fascisme ! Du travail et du pain ! Place au travail ! Et de l’ordre, s’il vous plaît !”.

 

Bientôt, le libre choix du slogan devint impossible. Le congrès de Frameries (28-29 octobre 1933) porta son choix sur trois cris officiels. On fut donc prié de scander en tendant à trois reprises le poing droit : “Pour plus de justice : JGS / Pour le Travail-Roi : JGS / Plus jamais de guerre : JGS”.

 

La discipline avait désormais pris rang de vertu cardinale. Les dirigeants des groupes se devaient de montrer de ‘la poigne’. On réclamait, on exigeait des cadres un comportement de ‘chefs’. On réclamait, on exigeait des affiliés une plus complète implication dans le mouvement, une adhésion plus complète à ses normes : “Prière de ne pas endosser la chemise bleue et, en même temps, de se coiffer d’un chapeau ou d’une casquette. Bannir aussi les foulards et les bretelles. En outre, l’uniforme ne doit être arboré que dans les congrès et les manifestations de masse. Il est défendu de le mettre tous les jours et pour des choses insignifiantes…”.

 

 

 

En octobre 1932, l’insigne aux Trois Flèches venant de l’Eiserne Front, le Front d’Airain des sociaux-démocrates allemands, effectuait à son tour son entrée parmi les jeunesses socialistes via les Milices de Défense ouvrière, réactivées quelques mois auparavant grâce à un coup de pouce JGS. Sa diffusion fut rapide. D’abord parce que le symbole, graphiquement supérieur au fusil brisé, exprimait davantage, dans le contexte de l’époque, la volonté de vaincre le fascisme. Ensuite, parce qu’en le portant, on affichait sa solidarité avec les camarades d’outre-Rhin, qui s’efforçaient alors de résister aux coups de boutoir du nazisme. En les contemplant, les affiliés devaient se pénétrer de l’idée que ces flèches représentaient l’Activité, la Discipline et l’Esprit de sacrifice, vertus cardinales de l’antifascisme.

 

 

 

Le colportage du journal JGS fut lui-même l’objet de la sollicitude militante car sa diffusion devait contribuer à asseoir le prestige de l’organisation. Il n’était plus question de solliciter le passant humblement, comme à regret. Le colportage devait idéalement se réaliser par groupe de 10 à 15 Jeunes Gardes en tenue, avec clairons, tambours “ou petit orchestre”. La musique achevée, un porte-voix annonçait la vente au moyen de “formules claires, simples et nettes, du style : ‘Ici, JGS, la jeunesse qui lutte ! Travailleur, apprends à connaître JGS ! JGS exige la jeunesse et la paix !’”.

 

 

 

La tonalité des conférences organisées par le mouvement devint elle-même très différente de ce qu’elle était naguère. Celles-ci étaient désormais précédées par “une semaine” de propagande intensive. La façade du local qui devait les accueillir était abondamment ornée de drapeaux rouges plusieurs jours avant leur tenue. Vingt-quatre heures avant la date fatidique, c’était au tour de la salle d’être décorée de drapeaux, de banderoles, de slogans. Les militants chargés du service d’ordre, en tenue, recevaient leurs instructions une demi-heure avant l’ouverture des portes et étaient passés en revue par le chef de section.

 

On leur demandait surtout d’observer “une attitude digne”, de ne pas fumer, de ne pas bavarder, de ne pas s’appuyer au mur. La soirée débutait immanquablement par l’Internationale, que les JGS saluaient “poing fermé, à hauteur de la tempe”. Des adhérents, en civil, éparpillés dans la salle à des points stratégiques, se levaient et saluaient à leur tour “pour entraîner la foule à le faire”. Chaque orateur était invité à traiter d’un seul sujet pendant une trentaine de minutes pour ne pas fatiguer l’attention de l’auditoire. Entre chaque intervention retentissait un “chant socialiste”, ou s’exhibait un choeur parlé énonçant de mâles paroles.

 

Lorsque l’auditoire avait reçu sa ration de lyrisme, le président lui présentait une résolution-type, conforme aux thèmes de préoccupation du moment. On y vouait aux gémonies aussi bien “le fascisme assassin” que “le gouvernement réactionnaire” ou le bourgmestre du coin quand, par aventure, il n’adhérait pas aux idéaux du socialisme. Puis la résolution était votée “à l’unanimité” et l’assemblée se dispersait, saluée par un ultime chant JGS. La messe était dite. Quant aux sorties de propagande ou aux rassemblements plus conséquents orchestrés à l’occasion des congrès fédéraux, il était vivement conseillé de s’y rendre en groupes compacts, en uniforme, et de ne pas hésiter à adopter le pas cadencé pour impressionner les badauds. La multiplication des rappels à l’ordre au fil des mois semble indiquer que ces bons conseils n’étaient pas toujours suivis d’effets. En août 1933, le rédacteur de la revue JGS demandait encore à ses amis de “ne pas jouer au clown” en plaçant le béret “à la façon de Marlène Dietrich”, de ne pas interpeller les femmes en défilant dans les rues. Malgré ces couacs, le mouvement évoluait désormais dans une tout autre atmosphère qu’autrefois.

 

 

 

Ces drapeaux et ces ‘uniformes’, ces chants et ces cris scandés, ponctués de gestes mécaniques, auraient pu faire conclure à tous ceux qui conservaient la tête froide que l’adhésion raisonnée à une formation politique tendait à être supplantée par une intégration de type émotionnel. Cela ne traduisait-il pas l’effritement de toute une tradition philosophique au profit du sentiment, de l’instinct de lutte ?

 

René Delbrouck, pilier de la JGS liégeoise, répondait par l’affirmative et ne s’offusquait pas de cette évolution. Il analysait lucidement la situation; à son sens, tout cela répondait à un but précis : “Personne ne nie l’importance qu’il y a pour un mouvement de créer une psychose (sic) par l’emploi d’un insigne, d’un uniforme, de mots d’ordre, etc… Mais pour créer l’obsession que nous souhaitons (sic), il importe qu’il y ait une corrélation dans l’effort, une uniformité des gestes, une coordination des attitudes. Il faut aussi une impression de force (…). JGS s’imposera par son nombre. (…) Par sa tenue. (…) Par ses méthodes de conquête…”.

 

Ces méthodes semblaient en tout cas dotées de vertus puisque la FNJGS atteignait en 1933 près de 25.000 membres. Le port de la chemise bleue suffisait-elle à expliquer cet engouement ? Assurément pas. Une série d’autres facteurs vinrent s’y greffer, qui stimulèrent la croissance des effectifs.

 

 

 

La crise persistait, continuait à engourdir de vastes pans de l’activité économique. Selon un phénomène bien connu (il s’était déjà produit en 1921-1922), les individus fragilisés par les incertitudes du lendemain éprouvaient le besoin de se raccrocher à des entités politico-sociales fortes, livrant un message fort 87 : en cet âge de demi-innocence politique, un discours bien frappé ne valait-il pas un fait, et un système doctrinal à l’apparence cohérente ne servait-il pas de clef d’explication du monde ? Les jeunesses socialistes, ainsi d’ailleurs que les jeunesses chrétiennes, savaient jouer de tels messages aux accents messianiques et disposaient de structures d’accueil susceptibles d’encadrer ceux qui étaient à la recherche de certitudes… et de protections.

 

 

 

Mais la Jeune Garde voyait de surcroît s’ouvrir devant elle de vastes perspectives suite à deux faux pas successifs du POB. Ce dernier avait été incapable de prévoir la montée des tensions sociales. Aiguillonnées par le Parti communiste belge, elles prirent, en juin-juillet 1932, un caractère violent à travers les bassins hainuyers, en particulier dans celui de Charleroi. Des ouvriers tombèrent sous les balles des forces de l’ordre placées sous la responsabilité du lieutenant général Termonia. Ceux qui avaient la mémoire longue ne manquèrent pas de faire le rapprochement avec la “bourrasque sociale” du printemps 1886 88 et cette fois le Parti se trouvait en triste posture, plusieurs de ses Maisons du Peuple ayant été attaquées par des émeutiers. La Jeune Garde Socialiste se sentait déchirée par ces événements tragiques. Sa base sympathisait avec la cause des grévistes, même si les dirigeants condamnaient les “extrémistes”. D’un autre côté, in petto, bon nombre de ses cadres déploraient l’immobilisme du POB. Pour le secrétaire national du FNJGS, le spasme de juillet 1932 représentait “un chaos et une lumière”, car il s’agissait d’un indice révélateur : “(…) Oppressée par quelques douzaines de forbans, la multitude laborieuse a des sursauts indicateurs, veut défendre farouchement son droit à la vie. (…) C’est le régime qui est en question. C’est son sort qui se joue. Travail ou capitalisme. Nous disons, nous, capital au service du travail dans l’intérêt général. Plus d’oligarchie, de ploutocratie, de congrégations économiques…”.

 

 

 

Le faux pas socialiste de juillet 1932 fut encore aggravé par une déconvenue électorale aux législatives du 27 novembre suivant. Le Parti améliora assurément son score et réussit à glaner trois sièges supplémentaires mais son avancée fut insuffisante pour ébranler la coalition chrétienne-libérale au pouvoir depuis 1927. Quant au PCB – qui venait de faire entrer trois des siens au Parlement – sa présence cessait d’être anecdotique dans les centres industriels de Wallonie ainsi qu’à Bruxelles. Il servait jusque-là de mauvaise conscience au POB : il commençait à devenir un concurrent. Dès lors, la Jeune Garde ne se gêna plus pour secouer le cocotier. Sa critique du réformisme se fit plus âpre. Dès le 21 août 1932, l’ensemble de ses comités exécutifs régionaux battaient la charge “contre les illusions parlementaires, contre les cumuls”, et adjuraient le Parti de revenir “à une politique plus combative” 91. Au fond, ce qu’ils voulaient, c’était que la famille socialiste renoue avec ses racines ‘révolutionnaires’ d’avant 1914 : alors, la crise aidant, l’immense majorité des travailleurs la rejoindrait et le régime honni serait abattu 92. C’était oublier un peu vite qu’avant la Grande Guerre, la direction du POB avait déjà opté pour la voie réformiste et que l’engagement révolutionnaire en question se réduisait à une simple logomachie d’un parti oppositionnel… Mais l’allergie des JGS au réformisme tenait aussi du phénomène générationnel. Les cadets (des cadets de 25-30 ans), pressés par la conjoncture, se heurtaient avec plus d’âpreté qu’auparavant aux aînés; ils disposaient avec la Jeune Garde d’une structure susceptible d’exprimer leur mal-être, leurs frustrations aussi. Des circonstances particulières allaient encore accroître ce différend et porter au paroxysme leur volonté d’action.

 

 

 

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commentaires

visit here 06/02/2014 13:40

It is very hard to notice the increase experienced any slowdown in 1933 due to new contributions from the Walloon side. The Young Guard community then flattered to align 25,000 members. this was quite a number when compared to the opposition.

click 06/02/2014 12:32

awesoem work buddy