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  • : PEAUX-ROUGES Limoges
  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 13:52

Article de Maud VERGNOL paru dans l'Humanité Dimanche de novembre 2011.

Loisirs / Sorties / Culture.

 

Entretien avec Jérôme LEROY.

 

C'est un écrivain communiste qui s'est mis dans la peau d'un militant d'extreême droite. Et c'est le roman noir de la rentrée, celui d'un fascisme aux portes du pouvoir. Avec "Le Bloc", Jérôme Leroy suscite un malaise en nous plongeant au coeur de la fabrique de la haine. Il nous explique pourquoi c'est nécessaire.

 

Le Bloc est ce que la littérature a livré de meilleur depuis longtemps sur l'extrême droite hexagonale. D'abord, parce que Jérôme Leroy n'a pas peur d'aller au charbon, quitte à déranger ses lecteurs. Car cette plongée dans les tréfonds du racisme et de la haine, il la met en scène à la première personne, au travers des récits croisés de deux narrateurs, emblématiques de la sociologie des militants du Front National. Soit Stanko, barbouze d'origine populaire, môme déscolarisé qui s'est construit sur un langage de haine. Devenu chef du service d'ordre du parti, il exècre plus que tout "les post-soixante-huitards qui se gobergeaient aux commandes depuis 30 ans, jouaient aux libertaires, se proclamaient du côté du progrès et n'avient pas prononcé le mot "ouvrier" depuis qu'ils étaient descendus des barricades pour devenir patrons de presse ou députés européens".

L'autre, Antoine Maynard, issu de la petite bourgeoisie de province. Fin léttré, il est marié à la présidente du Bloc, digne héritière du "vieux". Tous deux ont été les acteurs de la montée en puissance de leur parti jusqu'à ce soir fatidique où leur formation est aux portes du pouvoir. Stanko fera les frais de cette opération de blanchiment idéologique. Car, si le Bloc accueille les égarés, c'est pour mieux les sacrifier.

Ce dispositif permet à l'écrivain de remonter 30 années d'histoire de l'extrême droite hexagonale, de ses ressorts idéologiques jusqu'au fonctionnement clanique et mafieux.

 

9782070786428.jpg

 

 

Rencontre avec son auteur.

 

HD. Pourquoi un roman noir sur le Front National ?

 

Jérôme Leroy. Cela faisait très longtemps que j'avais envie d'écrire sur l'extrême droite. Da'bord, parce que c'est un sujet véritablement romanesque. Ensuite, parce que, en tant que communiste, je m'intérèsse à la vie politique, et particulièrement à la montée de l'extrême droite depuis 30ans. La destruction de toutes les solidarités conduit notre pays à un état de peur permanente. L'extrême droite n'est pas responsable de la situation. Elle l'accompagne et la nourrit. C'est l'idée que j'ai voulu développer dans ce roman, montrer comment un pays, arrivé à un certain stade de misère sociale et de peur, arrive à se donner à l'extrême droite. Car, en France, l'extrême droite n'est jamais arrivée au pouvoir par un putsch. Je voulais donc décortiquer cette opération de blanchiment idéologique à laquelle se livre aujourd'hui l'extrême droite française avec son pseudo-virage social, qui semble malheureusement porter ses fruits.

 

HD. Vos deux narrateurs, l'un issu de la bourgeoisie, l'autre d'une famille populaire du Nord, repésentent-ils, selon vous, la sociologie des militant du Front National aujourd'hui ?

 

J.L Effectivement, ils couvrent le prisme sociologique qui compose aujourd'hui les cadres de l'extrême droite, en proie à une véritable guerre culturelle. Il y a, pour forcer le trait, d'une part des espèces de mercenaires "old school", souvent issus de milieux populaires, comme le eprsonnage de Stanko, héritiers de combats colonialistes et anti-communistes. De l'autre, ceux qui viennent de la droite classique, qui ont fait de grandes écoles, des technocrates froids, adhérant à l'idéologique raciologue, qui ont infiltré l'extrême droite dès les années 1990 pour la rendre fréquentable. On constate aujourd'hui que Marine Le Pen a réussi là où son père avait échoué, c'est à die de faire la synthèse de ces deux courants.

 

HD. Les personnages du "Bloc" ressemblent à s'y méprendre à ceux du Front National. Par ailleurs, le récit, qui se passe dans un futur proche, évoque l'hystérie sécuritaire et l'intégration au gouvernement d'un parti d'extrême droite, fait écho à la réalité politique européenne.

 

J.L. Bien sûr, mais ce n'est pas pour autant un roman à clés. Je pense à une chronique que j'avais réalisée pour "Liberté Hebdo" (1): "Vous avez peur de l'extrême droite arrive au pouvoir, vous avez tort, elle y est déjà". Ce que je décris dans le roman est déjà arrivé, ces dernières années, dans plusieurs pays européens. Pour ne citer qu'eux, Berlusconi gouverne avec l'Alliance Nationale; la Hongrie, avec une extrême droite dure, ce qui ne l'a pas empêchée de présider l'Union Européenne. Il faut se méfier de la naïveté d'un certain roman antifasciste qui fait croire que si l'extrême droite arrivait au pouvoir, on se retrouverait chez Mussolini ou chez Hitler. C'est stupide. L'extrême droite au pouvoir, on l'a sous nos yeux dans plusieurs pays voisins. Elle se traduit par une politique encore plus dure pour les pauvres, des régressions sociales et républicaines. Le fascisme sert à la droite quand le capitalisme est dans l'impasse. On voit bien aujourd'hui, par exemple, comment , pour calmer toutes les velléités du refus du capitalisme financier, on utilise la peur de l'islam. Mais je ne veux pas être prophète de malheur. Ce roman esr un exorcisme. Ce qui est une des grandes fonctions de la littérature.

 

HD. Au risque de heurter vos lecteurs, les deux narrateurs sont des militants du Bloc. Pourquoi avez-vous choisi la première personne ?

 

J.L. C'était clair dès le départ du projet. Le "je" permettait de plonger au coeur des motivations de ces militants. Il faut arrêter de les imaginer comme des robots sans coeur, des monstres folkloriques. Si on ne comprend pas cela, on n'arrivera jamais à combattre l'aura de l'extrême droite. D'ailleurs , on n'a pas réussi jusqu'à présent. "La preuve du puddind, c'est qu'on le mange", comme disait Engels. Il faut connaitre ses ennemis politiques. Ca ne suffit pas de dire aux gens: "Attention, vous allez voter pour des robots venus de la planète Hitler". C'est un peu plus compliqué que cela. Dans beaucoup d'endroits où ils font de bons scores, ils n'arrivent pas avec des drapeaux nazis mais font un vrai travail de terrain. Je renvoie les lecteurs au livre d'Anne Tristant, "Au Front" (2), une enquête réalisée en 1987 sur l'emprise du FN dans les quartiers Nord de Marseille, où ils organisait des dégustations de galettes pour les vieux, des crèches improvisées dans les appartements... Si on ne comprend pas cela, je ne vois pas comment on peut lutter contre la montée du fascisme. Je conçois que ça puisse mettre mal à l'aise. Mais c'est la réalité.

 

HD. Dans le même registre, Thierry Jonquet, avec "Ils sont votre épouvante et vous ètes leur crainte" (3), qui avait suscité le mête type de malaise, avait fait l'objet d'accusations douteuses. Appréhendez-vous ces critiques ?

 

J.L. Elles ont déjà commencé au travers de phrases équivoques de vos confrères de la presse écrite. Mais je m'y attendais et je suis prêt à débattre sans aucun souci. Ces attaques peuvent venir, soit de l'extrême droite elle-même soit de la gauche caviar moralisatrice, que j'égratine. Cela a l'air de les choquer qu'uné crivain communiste se mette dans la peau d'un militant d'extrême droite. Mais c'est  la fonction même de la littérature. Moi, je ne prends pas mes lecteurs pour des chiens de Pavlov. C'est très intérèssant d'analyser comment, depuis quelques années, on confond étrangement le narrateur et l'auteur.

C'est comme si on reprochait à Pasolini d'avoir réalisé "Salo ou les 120 journées de Sodome", film d'une violence inouïe, quasi insoutenable, qui est poi l'oeuvre la plus intérèssante qu'on ait réalisée sur le fascisme. Comme le dit Hegel, l'art n'est pas la représentation d'une belle chose, mais la belle représentation d'une chose. Ca peut déranger. Tant mieux.

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