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  • : PEAUX-ROUGES Limoges
  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 11:44

 La notion de grève générale est apparue au cours de la seconde moitié du XIXè siècle, mais fut plus particulièrement attachée au syndicalisme révolutionnaire du début du XXè siècle. Le syndicalisme révolutionnaire fut non seulement un courant militant, mais également philosophique. C’est sur cette théorisation philosophique de la grève générale que nous désirons revenir.

 

Les philosophes syndicalistes ou philosophes de la Nouvelle École, réunis autour de leur revue Le mouvement socialiste, entendaient partir des pratiques des militants syndicalistes révolutionnaires pour élaborer leurs théorisations philosophiques. En cela, on peut parler chez eux d’une démarche philosophique pragmatiste, dans la mesure où ils considéraient que c’est de la pratique militante que naît la pensée philosophique et non l’inverse, contrairement à ce que soutenait Lénine.

Parmi les philosophes de la Nouvelle École, c’est principalement Georges Sorel, puis Édouard Berth, qui s’attachèrent à théoriser philosophiquement la notion de grève générale.

 

- L’opposition aux intellectuels du socialisme

 

Les philosophes de la Nouvelle École s’opposent à ceux qu’ils appellent les intellectuels du socialisme: Jaurès, Guesde en France, Kautski en Allemagne...

Ils leur reprochent et/ou: 1) d’accorder trop d’importance au poids des forces productives et de considérer que la révolution ne peut être qu’un effet mécanique de leur transformation 2) d’accorder un primat à l’action du parti, et donc à l’action politique, sur l’action directe syndicaliste révolutionnaire et en particulier la grève.

 

- Le mythe de la grève générale

 

Georges Sorel, en 1908, dans Réflexions sur la violence, théorise la grève générale comme étant un mythe.

En cela, il entend insister sur le fait que la grève générale n’est pas un évènement inéluctable. Il n’est pas possible de déduire qu’elle se produira mécaniquement contrairement à la révolution telle que la présentent les “intellectuels du socialisme”.

Au contraire de ces théorisations intellectuelles, le mythe de la grève générale est un instrument pour l’action. L’appel à la grève générale galvanise les travailleurs dans leur actions de lutte quotidienne, leur ouvrant un horizon révolutionnaire qui dépasse les simples revendications d’améliorations immédiates.

Lors de chaque grève partielle, les syndicalistes se préparent à la grève générale insurrectionnelle. En effet, il est toujours possible qu’une grève partielle soit le facteur déclenchant de cette grève générale insurrectionnelle expropriatrice imprévisible.

Les philosophes de la Nouvelle École entendent donc remettre au coeur du marxisme, non un matérialisme historique accordant un primat aux structures productives, mais à la lutte des classes.

 

- La grève générale en son réseau sémantique

 

Édouard Berth s’attache pour sa part, dans Les méfaits des intellectuels(1914), a établir le réseau sémantique fait d’analogies et d’antonymies dans lequel prend place la notion de grève générale.

Analogies: à la lecture de Berth, il semble possible de distinguer trois instruments de reproduction d’un pouvoir inégalitaire dans nos sociétés: le concept est sur le plan intellectuel ce que l’État est sur le plan politique et ce que l'échange capitaliste est au niveau économique. A chacun de ces instruments correspond un acteur: l’intellectuel rationaliste dans les universités, l’homme politique - y compris l’intellectuel socialiste - au sein de l’État, le marchand au sein du système capitaliste. Il existe selon Berth une analogie profonde entre le concept et l’État. Le concept est à la connaissance ce que l’État est à l’organisation politique: pour l’un, une abstraction et une simplification de la vie, et pour l’autre, de la société. Berth prend ainsi le parti de Bergson contre Hegel. Antonymies: à cette série, s’oppose une autre.

 

Sur le plan intellectuel, les philosophes syndicalistes pragmatistes s’opposent aux théorisations des universitaires rationalistes (comme les durkheimiens, inspirés par le solidarisme) ou des socialistes intellectuels. Ils refusent le primat que ces derniers accordent au savoir des intellectuels et à leurs théorisations sur les hommes d’action que sont les syndicalistes et sur le savoir provenant de la pratique militante. A l’action des hommes politiques au sein des partis s’oppose l’action directe des syndicalistes - en particulier la grève - au sein des syndicats.

 

Dans l’ordre économique, la production des travailleurs s’oppose à l’échangisme des marchands. A la révolution comme coup d’État ou à la transformation sociale comme un ensemble de réformes impulsées par l’État s’oppose la révolution comme grève générale insurrectionnelle. Les syndicats seront d’ailleurs par la suite pour les syndicalistes révolutionnaires le mode d’organisation fédéraliste chargé de remplacer l’État et de réorganiser la production.

 

La notion de grève générale apparaît ainsi chez Édouard Berth comme un des éléments d’une théorisation philosophico-politique complexe. Mais au-delà d’une simple inspiration syndicaliste révolutionnaire, il est peut-être davantage influencé en définitive par Nietzsche, lorsqu’il affirme que la grève générale représente pour lui l’aspiration politique et esthétique à un ordre social plus proche de la fluidité de la vie contre l’ordre intellectualisé et figé instauré par l’Etat.

 

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Article de l'IRESMO (Institut de Recherche, d'Etude et de Formation sur le Syndicalisme et les Mouvements sociaux).

Source et annexes ici:

http://iresmo.jimdo.com/2010/10/17/la-gr%C3%A8ve-g%C3%A9n%C3%A9rale-un-mythe-en-action/

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