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  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 13:34

 (partie de la brochure du Courant Syndicaliste Révolutionnaire "syndicalisme contre fascisme")

 

Le fascisme est un phénomène complexe qui ne peut être analysé que comme un mouvement qui s'inscrit dans différentes phases.

 

Il repose bien entendu sur des données culturelles et idéologiques. Ainsi la défaite de l'occupation d'une partie de l'Allemagne en 1918 ont favorisé une montée du nationalisme. L'humiliation est ressentie vivement par une partie du peuple italien aux vues des résultats dérisoires du Traité de Versailles. Dans les représentations courantes, il est souvent question du racisme lorsque l'on débat sur le fascisme. Or fascisme et racisme ne sont pas directement liés. Le fascisme italien n'incorpore des éléments raciaux et antisémites qu'à la fin du régime (lois de 1938) pour copier le régime hitlérien. Ce qui explique par exemple la très forte représentation de juifs, au sein du mouvement fasciste italien avant les mesures racistes, qui ont peur de la création du Parti Populaire, démocrate-chrétien. Ceci s'inscrit donc dans une réaction laïque (1). De même beaucoup de mouvements politiques sont racistes sans pour autant sombrer dans le fascisme.

La montée du fascisme est donc facilitée par des phénomènes idéologiques et culturels. Nous verrons ainsi le poids de la crise du mouvement ouvrier et sa répercussion sur la conscience de classe du prolétariat dans la victoire de l'extrême droite en Allemagne et en Italie.

Pourtant, comme tout phénomène social, le fascisme a surtout des origines économiques. Il est le reflet d'intérêts de classe. C'est un phénomène politique, autonome dans sa formation et son développement.

 

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(1) Naissance de l'idéologie fasciste, page 13, Zeev Sternhell.

L'expérience historique montre que le NSDAP (parti nazi allemand) et le PNF (parti fasciste italien) n'étaient , lors de leur création, que des groupuscules marginaux. Ils n'étaient pas immédiatement et par essence des instruments de la bourgeoisie. Leur devenir fut le produit d'une situation structurelle marquée par l'incapacité du mouvement ouvrier à passer aux actes et à faire la révolution et les difficultés propres à l'Italie et à l'Allemagne à entrer dans le stade de l'impérialisme.

L'autonomie relative du développement du fascisme implique une différenciation des tâches dans la lutte contre celui-ci, suivant les caractéristiques de la période. Avant d'être un cauchemar sanglant, le fascisme est une contre-révolution préventive.

 

a) Un mouvement autonome

 

Il est important de rappeler que le fascisme naît et se développe dans une société mondiale caractérisée par la concentration du capital, que nous pouvons qualifier d'impérialiste. C'est à dire que les monopoles se substituent à la libre concurrence. Le marché national est saturé par le développement des forces productives et contraints à une expansion économique vers l'étranger. Ceci se réalise à travers la conquête de marchés et d'investissements.

La concentration du capital, caractéristique de l'impérialisme, implique le développement du rôle économique de l'Etat. Le fascisme a été l'instrument de la réorganisation impérialiste des sociétés italiennes et allemandes, l'instrument de l'hégémonie du capital financier sur les autres secteurs du capital.

   

Cette évolution vient bouleverser les rapports entre les classes sociales. Le fascisme est une réponse politique à la paupérisation de certaines classes sociales, à leurs déclassement. C'est pourquoi les bases sociales de celui-ci sont doubles. Les cadres du NSDAP, ses dirigeants, mais également les larges secteurs de la base sont issus de la petite bourgeoisie (petits propriétaires terriens, artisans, fonctionnaires intellectuels, commerçants, petits patrons,...) qui est frappée par l'évolution de l'économie: la concurrence des grandes entreprises entraine une paupérisation, voire une prolétarisation, c'est-à-dire que les paysans, les commerçants sont contraints d'abandonner la propriété de leurs moyens de production pour aller se salarier.

 

Il faudrait d'ailleurs différencier deux fractions de cette petite bourgeoisie. Si les artisans et petits paysans passent à l'action directe c'est avant tout pour ne pas sortir du bloc dominant qui dirigeait le capitalisme national. Les cadres et les fonctionnaires contestent davantage le fait que leurs perspectives d'intégrer ce bloc dominant se réduise.

 

Le fascisme critique donc dans un premier temps le grand capital. Son discours peut apparaître comme « anticapitaliste ». Mais en analysant de plus prêt il est évident que le fascisme vise simplement à la réforme du capitalisme, à protéger les intérêts des classes moyennes fortement représentées dans ses rangs.

Le programme de 1920 du NSDAP, le plus « gauchiste » demande la nationalisation des sociétés par action mais par leur socialisation. Les entreprises seront allouées. Il n'y aura donc pas disparition de l'exploitation capitaliste, juste un renouvellement du personnel aux commandes. Il serait plus juste de parler de retour car le fascisme se réfère à une économie mythique, une économie corporatiste où les classes coexisteraient dans l'harmonie et dans l'intérêt général qui lui-même possèderai des cadres culturels naturels: la nation.

Cet intérêt général devra être géré par un Etat fort, voire un homme providentiel.

Le fascisme s'inspire d'un ancien régime qui aurait existé et où chaque individu aurait respecté sa fonction sociale suivant ses capacités naturelles. Ainsi, puls le développement capitaliste est avancé et plus l'Etat peut apparaître comme le facteur de résorption de la crise. Cette croyace est plus crédible chez les couches salariées bureaucratiques que chez les « indépendants » (commerçants, artisans, paysans) plus hostiles aux prérogatives de l'Etat.

En tant que couche moyenne, les classes sociales de la petite et moyenne bourgeoisie ont tendance à se percevoir comme l'élément unifiant de la nation, celui qui utilisera l'Etat afin de mener une politique de cohésion sociale, d'où le rejet de la lutte des classes.

 

La même composition sociale, ce parti des déclassés, se retrouve dans la direction du fascisme italien et espagnol (JONS et Phalange). Les intellectuels (fonctionnaires et étudiants) sont à l'origine de ces mouvements. Une seconde base sociale va progressivement peupler les partis fascistes.

A côté des petits bourgeois déclassés, certaines fractions du prolétariat viennent renforcer le parti. Certes, elles ne seront jamais à la direction du mouvement fasciste mais elles serviront de base militante. Il est cependant important de définir précisément cette fraction prolétarienne. Contrairement à ce qui est souvent dit, très peu de militants ouvriers rejoignent les mouvements fascistes, tout simplement parce que ces mouvements ne défendent pas les intérêts du prolétariat mais ceux de la classe opposée. Car si Mussolini et Gimenez Caballero (poète-journaliste) ont eu des liens avec l'extrême-gauche, c'est en tant qu'intellectuels. Ils n'ont jamais été des militants ouvriers syndicaux. Seuls quelques éléments marginalisés du syndicalisme ouvrier rejoignent le fascisme, souvent pour des raisons opportunistes. L'implantation prolétarienne du fascisme fut la plus ridicule en Espagne (1), là où le syndicalisme de classe était le mieux implanté. Même en Allemagne, lorsqu'on y regarde de plus près, on constate que les soit disant « ouvriers » du NSDAP sont en fait le plus souvent de « hauts techniciens, ingénieurs et cadres administratifs » (2).

 

Et pourtant le fascisme a fait tout son possible pour attirer la classe ouvrière, car il se construit autour d'une image qu'il veut alternative et révolutionnaire. Mussolini tente de compromettre des dirigeants ouvriers de corporations. Le programme des « faisceaux de combat » de 1919 en Italie révèle un aspect socialisant pour séduire la classe ouvrière, par exemple le « vote des femmes, la séparation de l’Eglise et de l’Etat ainsi que la saisie de tous les biens religieux, salaire minimum, journée de 8h, désarmement général, gestion des industries publiques par les organisations prolétariennes (qui en réalité sont des organisations corporatistes où patron et travailleurs sont main dans la main comme dans le syndicalisme jaune) ».  

 

Les nazis se qualifient volontairement de parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands (NSDAP). La Phalange espagnole adopte le drapeau rouge et noir de la CNT pour tenter de gagner symboliquement une partie du prolétariat organisé. La fascisme va d'ailleurs parvenir à s'implanter dans une frange du prolétariat, celle qui est attirée par son programme qui repose sur la cohésion social: les ouvriers chômeurs. Les exclus sont attirés par un discours sur l'intégration à la nation mythique cultivée par le fascisme. C'est un moyen de rompre avec leur isolement, d'être revalorisé à travers un mouvement fort. Mais c'est surtout un moyen de survivre dans ces temps de crise car beaucoup sont rétribués par le parti fasciste. Ceci s'apparente donc à une forme de clientélisme proche du syndicalisme jaune, qui a malheureusement fait souvent ses preuves en période de repli des luttes sociales. Il n'en est pas rare qu'un patron demande à un ouvrier sa carte du NSDAP ou du PNF avant de l'embaucher (3).

Les ouvriers chômeurs sont ainsi très nombreux dans le syndicat nazi, le NSBO (Organisation National-Socialiste des Cellules d'Entreprise) qui compte 400 000 adhérents en 1933. Y figurent également des prolétaires tout aussi désorientés: le prolétariat issu de la paysannerie pauvre qui a du émigrer vers les villes (4). La plupart ne sont pas d'anciens ouvriers au chômage mais des travailleurs indépendants qui ont été déclassés et qui refusent ce statut.

Le même constat peut être établi pour les élections. Les nazis disposent bel et bien d'un électorat prolétarien. Il est vrai que le discours populiste peut créer facilement des illusions. Mais en fait ce sont des ouvriers sans passé militant qui votent pour les nazis. Ce sont ces ouvriers qui sont passés à côté de l'expérience des conseils ouvriers des années 1919-23. Car la grande majorité des électeurs du SPD (socialistes) et KPD (communistes) reste fidèle à ces deux partis (5).

 

Après avoir précisé la nature de classe du fascisme, il est nécessaire de déterminer sa politique. Dans une première étape, le fascisme apparaît comme une force pleinement autonome, comme un ennemi déclaré du grand capital tout en se disant ennemi de la lutte de classe et de l'internationalisme, une « troisième voie ».

Le grand capital n'hésite d'ailleurs pas à le réprimer, comme pendant le putsch d'Hitler à Munich en 1923 où les nazis sont écrasés par la police. Le parti fasciste organise sa base sociale sur ses propres revendications. C'est d'ailleurs ce qui différencie les fascismes des autres types de pouvoirs forts. Contrairement au bonapartisme, dans le cas présent, les classes moyennes ne délèguent pas leur représentation politique à des membres des classes dirigeantes. Elles assurent elles mêmes leur direction, d'où leur nature de mouvement autonome. On pourrait ainsi parler de concept d'action directe, volé au syndicalisme révolutionnaire pour séduire le prolétariat. Les petits bourgeois interviennent directement sans autre représentant qu'eux-mêmes. Ceci est rendu possible grâce à l'émergence de la petite bourgeoisie urbaine, souvent politisée et instruite. En effet, des les campagnes, de par leurs conditions matérielles (isolement géographique, individualisme économique) et culturelles (encadrement politique traditionnel, aliénation culturelle et religieuse très poussées) les petits paysans étaient incapables de s'organiser comme classe autonome.

 

(1) Histoire de la Guerre d'Espagne, H. Thomas, p.108

(2) Poulantza, page 205

(3) Ibid, p.205

(4) Ibid, p.205

(5) Class, status and power, Lipset, 1967, p.155

(6) Pierre MONATTE, Carnet d'un sauvage, La Révolution Prolétarienne, avril-mai 1925

 

Cette nature de classe du fascisme doit être comprise car elle n'a rien à voir avec les bandes de nervis patronaux qui sévissent parfois lors d'une grève (6).

Ce désir d'autonomie est justifié par le projet d'incarner la nation. En se situant au « centre » du peuple, les petits-brougeois entendent le diriger. Et pour accomplir son programme, il leur faut conquérir les masses. Très tôt Hitler tire un bilan de l'échec du putsch de Munich et conclue que le coup de force militaire est voué à l'échec sans mouvement de masse. Pour s'implanter il lui faut empiéter sur l'audience des courants ouvriers.

 

Le fascisme engage ses premiers combats contre le mouvement ouvrier. Et il a d'autant plus de facilité à remporter des victoires que, la plupart du temps, il est en face d'un prolétariat qui a déjà subi de graves défaites (insurrections communistes allemandes de 1919, conseils de Turin de 1920, soulèvement de la Rurh en 1920, échec des putschs de Prusse de 1921, désastres répétés de 1923).

Le fascisme trouve donc une fraction du prolétariat, les ouvriers chômeurs, isolée du reste de la classe. C'est dans ce sous-prolétariat, confronté à un chômage de longue durée, souvent dérouté, que les fascistes s'implantent. Les chômeurs s'engagent dans les chemises brunes (Sections d'Assaut) en échange d'un bel uniforme, d'un repas et donc d'une certaine dignité retrouvée. Le discours nationaliste les valorise également en leur donnant l'impression d'être intégrés dans un peuple puissant, ils ont l'impression de se sentir de nouveau importants pour la construction d'un nouveau système mythifié. Par contre les fascistes ont du mal à se renforcer dans le mouvement syndical. Car les grèves les obligent à s'affronter au petit patronat, largement représenté dans les rangs du NSDAP.

Dans les pays où le développement capitaliste est moins avancé, comme l'Espagne, le fascisme s'appuie davantage sur les institutions.

 

b) L'instrumentalisation du fascisme

 

Mais le fascisme ne peut accéder au pouvoir sans alliance. Or une alliance stable ne peut être passée avec le prolétariat. Comme nous l'avons vu le fascisme ne remet pas en cause l'exploitation capitaliste et il ne peut faire illusion bien longtemps avec son verbiage gauchiste. Le fascisme n'empiète que très difficilement sur le mouvement ouvrier. Ainsi l'échec de l'implantation des nazis dans les zones rouges de Berlin les oblige à revoir leur stratégie. La majorité de la direction fasciste opte donc pour une alliance avec le grand capital. C'est la seconde phase du processus, celle qui peut être qualifiée de fascisation de la société.

   

Le mouvement ouvrier a subi des défaites, mais il n'est pas totalement détruit. Il mène la lutte non plus pour la prise du pouvoir comme dans la période précédente mais pour de simples revendications économiques. C'est pourquoi on parle de période de « stabilisation » de la lutte des classes. Aussi bien en Italie qu'en Allemagne (1), les expériences révolutionnaires de l'après guerre sont des échecs. Les directions révolutionnaires se cantonnent à une remise en cause purement idéologique du capitalisme sans renforcer le pouvoir de contrôle de la classe ouvrière sur l'organisation du travail. C'est pourquoi on assiste petit à petit à la dépolitisation du syndicalisme de classe, les questions politiques sont transférées aux partis politiques (socialistes, communistes). Rassuré, le patronat peut se permettre de reprendre l'offensive. Le capital financier va alors passer à l'action directe afin d'assurer sa direction complète sur la société. Il en profite pour se débarrasser du mouvement ouvrier.

Cette offensive passe par le renforcement de l'Etat, la remise au cause du compromis passé avec la direction social-démocrate, l'appropriation des savoirs-faires ouvriers et du développement de l'encadrement et finalement par la réorganisation de la structure interne du capital. Le mouvement ouvrier est d'autant plus décontenancé par cette offensive qu'elle concerne la sphère de l'infrastructure, là où justement il a du mal à avancer des revendications qui vont au delà des différents mots d'ordre idéologiques: « dictature du prolétariat », « communisme libertaire », ou « passage au socialisme par réformes ».

 

Le fascisme peut également ouvrier de nouvelles perspectives politiques pour le grand capital qui est confronté à une crise idéologique et structurelle du système. Les gouvernements se succèdent mais n'arrivent pas à enrayer la crise économique, la contestation sociale et les conflits entre les différentes fractions du capital. Car ce n'est pas n'importe quelle fraction du capital qui s'allie au fascisme: c'est la grande bourgeoisie industrielle et bancaire. A cette époque elle ne détient pas le pouvoir politique malgré un renforcement de son pouvoir économique.

En effet, le moyen capital dirige la plupart des gouvernements, et ces gouvernements défendent une politique économique qui vise à freiner la concentration du capital. En Allemagne, les junkers (grads propriétaires fonciers), aux intérêts souvent opposés à ceux du grand capital (puissants industriels et banquiers), dirigent l'armée. Il se refusent à leur absorption économique par les cartels et les konzerns. En Italie et en Allemagne, le capitalisme traverse donc une crise dans sa transition vers l'impérialisme. Avec la crise économique de 1929, qui frappe surtout le secteur bancaire, le capital entend utiliser l'Etat afin de maintenir ses profits. Encore faudrait-il qu'il le domine. Et pour le conquérir, il a besoin d'une alliance avec le fascisme.

En outre, une alliance avec les fascistes peut être un moyen d'obliger leur direction à composer. Ce qui n'est d'ailleurs pas difficile à obtenir. La direction met au pas sa frange la plus radicale. En 1927, les nazis commencent à revoir leur programme économique. En juin 1934, des centaines de dirigeants SA sont éliminés physiquement par Hitler sur la demande du grand capital. Cette alliance avec le grand capital ne coupe pas pour l'instant le parti de sa base sociale. Il faut dire que le discours fasciste facilite le compromis avec les classes dirigeantes. Rappelons que « l'anticapitalisme » est plus que flou. C'est davantage la mauvaise gestion du système qui est dénoncée que le système en tant que tel. Il suffit donc de substituer aux vielles castes politiciennes corrompues, des hommes neufs et sincères. En outre, les fascistes savent varier leur discours en fonction des classes sociales auxquelles ils s'adressent. Cette transformation des partis fascistes rend possible leur arrivée au pouvoir, soutenue par le grand capital.

Il faut citer l'exception de l'Espagne où la bourgeoisie est confrontée à un mouvement ouvrier à l'offensive et qui se bat pour la prise du pouvoir. En 1936, la Phalange ne regroupe pas 25000 personnes (2). Elle ne se développera que pour participer à la lutte contre la révolution.

 

Les classes dirigeantes multiplient les aides aux fascistes. Le moyen capital entend utiliser le fascisme exclusivement afin de réprimer le mouvement ouvrier alors que le grand capital a une stratégie qui repose sur une alliance politique avec le fascisme. En octobre 1920, l'état-major général de l'armée italienne ordonne aux 60000 officiers démobilisés d'adhérer aux « faisceaux de combat » pour les organiser et les diriger (3). Ils continueront de percevoir 4/5 de leur solde. C'est également le matériel de l'armée qui va équiper les bandes fascistes.

 

En Allemagne, les Section d'Assaut (SA) nazis sont elles aussi financées par la bourgeoisie de l'industrie lourde. Quant à l'état-major, il ordonne aux instructeurs militaires de les former au combat.

Forts de leur entrainement et de leur équipement, ils attaquent violemment les cortèges ouvriers, les locaux, les Bourses du Travail, les travailleurs en grève. Leurs actions débutent dans les zones de faible combativité ouvrière avant de se concentrer, suite à leurs premiers succès, dans les fiefs des partis et organisations syndicales. Dès le début des années 20, les fascistes mènent des raids meurtriers sur Livourne, Milan, Gènes. En 1927, Goebbels arrive à implanter ses SE dans les quartiers rouges de Berlin et finit par les faire défiler devant le siège du Parti Communiste.

 

La tactique est simple, c'est celle de l'intimidation par la violence physique. Dotés d'une très bonne organisation militaire les fascistes arrivent rapidement à affaiblir les capacités de mobilisation des organisations ouvrières qui craignent constamment des attaques car, majoritairement, elles ne sont pas organisées ni coordonnées entre elles. Celles ci perdent confiance en elles, ce qui affecte leur combativité.

Il est vrai que là aussi les fascistes sont aidés par les classes dirigeantes. Bien entendu on assiste à quelques mesures judiciaires spectaculaires allant rarement plus loin que la perquisition de locaux fascistes. Mais, dans les faits on les laisse agir en toute impunité. En 1921, le ministère de la justice envoie une circulaire aux magistrats italiens leur demandant de mettre en sommeil les dossiers concernant les crimes perpétrés par les fascistes (4). Parfois des unités militaires ou de la police participent aux actions menées par les fascistes. En Allemagne, le chancelier Von Papen protège les SA. Par contre les violences ouvrières dirigées contre les chemises noirs sont sévèrement réprimées.

 

(1) Voir un bilan de l'échec de la grève générale italienne dans la brochure du CSR, La Grève Générale, tome2, les expériences historiques

(2) Alors qu'elle vient de fusionner en 1934, la JONS (Junta de Ofensiva Nacional Sindicalista) Histoire de la Guerre d'Espagne, Hugh Thomas, p 147

(3) Fascisme et grand capital, Daniel Guérin, Maspéro

  1. La Naissance du fascisme, Rossi, 1938

 

c) Le fascisme au pouvoir

 

L'arrivée au pouvoir des fascistes est donc facilitée par une fraction de la classe dirigeante, le grand capital. C'est elle qui révise les lois électorales pour lui ouvrir la porte du parlement, ou qui finance directement sa propagande.

 

Il y a alors fusion du programme des anciennes classes dirigeantes avec celui de la direction fasciste. Les directions du NSDAP et du fascisme italien se transforment en classe tenante, c'est à dire que c'est elle qui fournit le personnel politique qui gère l'Etat. Mais elle gouverne pour défendre avant tout les intérêts hégémoniques du grand capital, c'est à dire la classe régnante.

L'infiltration des nazis est d'autant plus facile dans l'appareil d'Etat que la petite bourgeoisie des fonctionnaires (administration, police, magistrature, enseignants,...) est massivement solidaire du NSDAP. Dès décembre 1933 est proclamée « l'unité du parti et de l'Etat ». Pour Hitler, cela marque la « fin de la révolution », c'est à dire la fin de la période de révolte de la petite bourgeoisie. La direction nazie va pouvoir fusionner progressivement avec le grand capital. Cette jonction se fait grâce au corps des SS (Sections Spéciales). Car, contrairement au reste des membres du parti, les SS ont une origine nettement plus bourgeoise. Ce corps d'élite recrute avant tout chez « les nobles, les intellectuels et les riches fils de la bourgeoisie » (1). Ainsi 25% des responsables SS sont docteur d'université. Ce sont eux qui contrôlent les postes clés de l'appareil d'Etat nazi. Or les SS assurent aussi la police au sein du parti. Ce sont eux qui liquident les dirigeants SA lors de la nuit des longs couteaux.  

 

Le discours nationaliste répond à l'attente du grand capital. Car il vise à réduire la contestation du prolétariat à assurer une contre-révolution préventive. Mais, surtout, il entraine ce dernier dans la politique expansionniste des monopoles: dans le domaine économique puis dans les campagnes militaires qui permettent d'exploiter les forces productives des pays conquis. L'Etat fasciste, par la neutralisation de la moyenne bourgeoisie, permet la fusion du capital industriel et bancaire. En 1938, l'état major allemand, bastion de la moyenne bourgeoisie au sein de l'Etat, est complètement réorganisé et Goering est mis au secteur clé. Les monopoles capitalistes se mettent en place. Le nouveau régime pousse à la construction d'unions corporatistes (2). L'organisation de l'économie est donc accélérée , la direction fasciste visant à neutraliser certaines contradictions entres les différentes fractions du capital grâce à une réforme rapide de l'économie.

 

La coexistence des classes, si chère à l'extrême droite est rendu possible par le parti unique, par la mise en place de l'état totalitaire, par l'exploitation et l'institutionnalisation de l'antisémitisme et par des mesures sociales visant le sous-prolétariat. La politique de grands travaux, mais surtout le renforcement de la grande industrie de guerre permettent de réduire très nettement le chômage. La dictature exercée à l'encontre de la classe ouvrière et l'accélération de la concentration du capital permet une croissance très forte de la production, notamment celle de l'armement. En premier lieu les dirigeants fascistes prennent quelques mesures en direction des couches prolétariennes. Cependant on peut parler d'accroissement de l'exploitation de la classe ouvrière. Car si le niveau de vie stagne, l'accroissement des forces productives permet à la bourgeoisie d'extirper une plus value énormément accrue au prolétariat (3). Par contre il élimine les organisations ouvrières, même celles qui ont collaboré. Dès mai 1933, les syndicats sont dissouts et le droit de grève interdit. Le livret du travail est instauré.  

 

Le fascisme a stabilisé la question sociale par l'intégration brutale des syndicats à l'état. Ils sont transformés en instruments du ministère du travail. La violence du procédé fasciste par rapport aux autres procédés (New Deal, Etat Providence...) marque le retard relatif et la relative faiblesse des impérialismes italiens et allemands dans la chaine des états-nations impérialistes.

Les classes moyennes, la seconde base sociale du fascisme, vont subir de façon négative la politique du nouvel Etat. Les revenus de la petite bourgeoisie baissent. Ainsi le pouvoir d'achat des employés et fonctionnaires allemands recule de 20% entre 1933 et 1940. Ceci s'explique par la concentration accélérée du capital. C'est pourquoi on ne peut pas parler d'alliance entre grand capital et petite-bourgeoisie. Il n'y a accord qu'avec la direction fasciste qui en quelque sorte se bureaucratise par rapport à sa base sociale. Cette jonction avec la classe régnante se fait dans le domaine politique, c'est à dire au niveau de la gestion de l'Etat.

En Allemagne, les classes populaires subissent donc cette politique favorable à l'impérialisme.

 

(1) L'Etat SS, E. KOGON, 1970, p.321

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Published by REDSKINS Limoges - dans Information - Antifascisme
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