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  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 00:35

Le fanzine Aggromoon publie enfin les articles pour ceux et celles qui n'ont pu se procurer les précédents volets. Pour faire tourner l'initiative, et le soutenir, nous reproduisons un de leurs articles, celui sur Claude McKay, grande figure jamaïcaine de la poèsie, du roman, du mouvement "renaissance d'Harlem", mais aussi de l'engagement politique et syndical révolutionnaire. Visitez et soutenez Aggromoon: http://aggromoon-fanzine.blogspot.com/

 

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Claude McKay, né Festus Claudius McKay, est né le 15 septembre 1889, en Jamaïque, dans le petit village montagnard de Sunny Ville à Clarendon. Ses parents, Thomas Francis McKay et Hannah Ann Elizabeth Edward, sont issus de la petite paysannerie relativement aisée de l’île.

 

Menant une enfance plutôt « tranquille », il se prend de passion pour l’écriture dès l’âge de dix ans et commence à rédiger ses premiers poèmes. Quelques années plus tard, il est repéré par Walter Jekyll, un expatrié anglais soucieux de préserver, par l’écrit, la tradition et la culture orale jamaïcaines, qui, en 1912, publie son premier recueil de poésie, Songs of Jamaica. La même année, il obtient une bourse gouvernementale et s’en va étudier l’agronomie aux Etats-Unis, au Tuskegee institute du célèbre Booker T. Washington[1].

 

Installé à Charleston, en Caroline du Sud, il est rapidement confronté à la ségrégation et au racisme des autorités et des citoyens « ordinaires » et commence à se forger une conscience politique. Choqué, désabusé, il prend ses cliques et ses claques et s’installe dans un autre Etat, le Kansas. Souhaitant poursuivre ses études agronomiques, il ré-intègre l’université. C’est lors de ce séjour qu’il rencontre et se laisse séduire par la pensée de WEB Duois, un franc-maçon militant pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs américains et fondateur de la National association for the advancement of colored people (NAACP), une structure chargée d’organiser la défense des minorités ethniques américaines en combattant pour leurs droits et en favorisant leur formation intellectuelle et culturelle.

 

En 1914, finalement peu enchanté par l’idée de devenir agronome, il part pour la côte est des Etats-Unis et s’installe à New York avec la ferme ambition de s’adonner pleinement à l’écriture. Sur place, il y retrouve et se marie avec son amie d’enfance Eulalie Lewars. Mais l’idylle des épousailles n’est que de courte durée et, six mois à peine après le mariage, madame McKay retourne vivre en Jamaïque. Notre poète, lui, se trouve un petit job comme serveur aux chemins de fer. Peu épanouissant, ce travail lui permet néanmoins de gagner sa croûte et de se consacrer à son premier amour. Eulalie ? Non, pas vraiment. La poésie. Et, en 1917, sous le pseudonyme d’Eli Edwards, il publie deux poèmes dans Seven Arts : Harlem Dancer et Invocation.

 

Le révolutionnaire des IWW

 

 

Devenant ouvrier dans une usine new-yorkaise puis employé comme docker, Claude McKay rejoint le syndicat Industrial workers of the world (IWW). Peu connu aujourd’hui, l’IWW est alors – et toujours - une organisation originale dans le paysage syndical américain. Fondée en janvier 1905 et influencée par les idées et les pratiques anarchistes, cette organisation de travailleurs se positionne pour un syndicalisme de la base, sans bureaucratie et antiautoritaire. Soucieux de rassembler l’ensemble de la classe ouvrière dans son combat contre le capitalisme et l’Etat, elle est ouverte à tous les travailleurs, sans considération de sexe ou d’origine ethnique. En cela, l’IWW rompt radicalement avec les pratiques autoritaires et souvent xénophobes des grandes trade-unions américaines et attirent vers elle tous les exclus de ce syndicalisme traditionnel : les ouvriers non qualifiés, les femmes et les immigrés. A ce sujet, dans sa biographie de Claude McKay, Wayne Cooper témoigne clairement des convictions antiségrégationnistes des IWW qui ont, en partie, poussé notre poète à y adhérer : « une seule organisation syndicale américaine, les Industrial workers of the world, a sincèrement accueilli les Noirs comme des égaux dans leur organisation et leurs campagnes contre le capital américain. Le Parti communiste a encore à apprendre de l’IWW. » Voilà qui est dit !

 

Ce passage chez les IWW fut l’un des premiers contacts de Claude McKay avec les sphères politiques révolutionnaires américaines, même si, plus tard, il tendra malheureusement davantage vers le communisme de parti que vers le socialisme révolutionnaire antiautoritaire des IWW. Reste que, durant cette année 1919, Claude McKay est un wobbly[2] et qu’il n’hésite pas à s’engager dans les grèves et à payer ses cotisations. Cependant, contrairement à de nombreux autres poètes syndiqués aux IWW et même si ce syndicat avait alors une très forte culture artistique – et notamment poétique (chacun se souviendra ici du célèbre poète wobbly Joe Hill) – Claude McKay n’a jamais vraiment écrit de poèmes syndicalistes, jugeant que poésie et militantisme syndical était deux activités bien distinctes qu’il ne souhaitait pas mélanger.

 

 

Des Etats-Unis à l’URSS : l’apprentissage politique

 

 

A la fin des années 10, Claude McKay se lie d’amitié avec Max Eastman, militant socialiste responsable du journal The Liberator. En 1919, il en intègre l’équipe de rédaction et publie, dans ses colonnes, plusieurs poèmes, dont le célèbre If We Must Die, première œuvre littéraire à dénoncer les exactions racistes perpétrées par certains Américains blancs pendant l’été 1919 (de mai à octobre) sur des Afro américains qu’ils jugeaient alors responsables de l’inflation et du chômage. Ces « émeutes » s’étaient soldées par un bilan sanglant d’une cinquantaine de morts (principalement par lynchage). Outre ses contributions au Liberator, Claude McKay écrit également plusieurs articles pour d’autres revues et magazines de la gauche socialiste révolutionnaire américaine.

 

La même année, avec l’aide et l’appui des militants Cyril Briggs, Richard Moore et Wilfrid Domingo, il s’engage dans la lutte pour les droits civiques des Noirs américains. D’un point de vue idéologique, le groupe d’amis manifeste son opposition aux thèses nationalistes (et parfois limite racistes, du moins ségrégationnistes[3]) de Marcus Garvey mais aussi aux propos réformistes (moins radicaux) - et considérés comme « petits bourgeois » - de la NAACP de WEB Dubois. Le groupe aspire alors à créer un vaste mouvement socialiste révolutionnaire, persuadé que l’émancipation des Afro-américains ne peut que s’inscrire dans un mouvement de contestation plus large, englobant l’ensemble de la société, bouleversant les mentalités mais aussi les rapports de production et de distribution. En cela, Claude McKay et son groupe se rapprochent des futurs Black Panthers des années 30.

 


Mais, rapidement, le poète révolutionnaire et ses compagnons décident de passer à la clandestinité et se transforment en organisation secrète : l'African blood brotherhood. Mais Claude McKay n’y restera cependant que peu de temps et, à l’automne 1919, il quitte les Etats-Unis pour Londres.

 

En Angleterre, Claude McKay fréquente assidument l'International socialist club de Shoreditch. Il commence alors à se plonger sérieusement dans l’œuvre de Karl Marx et à approfondir ses convictions politiques. Ne cessant pour autant de consommer son amour pour l’écriture, il met à profit sa plume habile au sein du journal The Workers' Dreadnought, l’organe de la Worker's socialist federation, un groupe de militants communistes conseillistes. Sa contribution au journal l’amène à en devenir journaliste salarié. Durant ce séjour londonien, il publie un nouveau recueil de poèmes, Spring in New Hampshire.

 

 

En 1921, il revient aux Etats-Unis et devient coéditeur du Liberator jusqu’en juillet 1922 où, suite à des désaccords avec son collègue, il quitte le journal. La même année, il publie un recueil de poèmes, Harlem Shadows. Peu après, en 1922, il quitte à nouveau les Etats-Unis et entame un long périple qui le conduit, après un séjour en France (notamment à Marseille) et en Allemagne, en URSS. Sur place, il assiste, à Moscou, à la IVème Internationale communiste. Il y rencontre alors des personnalités comme Léon Trotsky et Nikolaï Bukharin. Le temps de visiter une partie du pays et de tisser des liens avec les milieux politiques locaux, il y reste six mois. Il écrit alors plusieurs articles qu’il compile dans un ouvrage intitulé Negroes in America qui devra attendre l’année 1979 pour être publié aux Etats-Unis. Ce livre est aujourd’hui considéré, par certains historiens, comme une vision marxiste de l’histoire des Afro-américains.

 

 

La renaissance de Harlem

 

 

En 1928, Claude McKay publie son plus grand succès : Home to Harlem, un roman poignant explorant la vie des rues et des dessous de Harlem. Véritable succès auprès des critiques comme du public, ce nouvel effort de l’auteur est alors le roman populaire le plus lu des Etats-Unis. Ce succès est couronné par l’obtention du Harmon Gold Award of Literature. Pourtant, si le roman semble rallier l’immense majorité de l’opinion, il va susciter une critique incendiaire de la part de WEB Dubois qui, à son propos, écrit : « Home to Harlem, dans l'ensemble, me donna la nausée, et après ses parties les plus sales, je ressentis expressément le besoin de prendre une douche. »

 


L’année suivante, en 1929, il conte, dans Banjo, a story without a Plot, les aventures d’un musicien afro-américain expatrié à Marseille, une ville qu’il a appris à bien connaître lors de son séjour en France quelques années auparavant. Son œuvre, et en particulier ce roman, influencera les futures têtes du mouvement littéraire de la négritude (Aimé Césaire, Léopold Senghor).

 

Les poèmes et les romans de Claude McKay impulsent alors le mouvement culturel connu sous le nom de « Renaissance de Harlem », dont il sera à jamais son plus talentueux représentant. Principalement littéraire (mais pas seulement), ce mouvement marque le début d’une reconnaissance de la littérature – et plus généralement de la culture – afro-américaine populaire. Le succès qu’il remporte s’explique non seulement par la qualité de ses productions mais aussi par l’important mécénat dont il bénéficie de la part d’intellectuels blancs (Carl van Vechten) comme noirs (Alain Locke, et même WEB Dubois, malgré sa critique acerbe de Home to Harlem). Les œuvres issues de ce mouvement sont marquées par plusieurs thèmes récurrents : la dénonciation des inégalités engendrées par la ségrégation raciale, la mise en valeur de l’héritage africain et l’usage plus ou moins régulier des patois afro-américains. Outre la volonté de mettre en avant cette culture, ce mouvement cherche essentiellement à forger une identité culturelle commune aux Noirs américains.

 

En 1930, Claude McKay se rend au Maroc où il s’installe pendant quatre ans. C’est durant ces années sous le soleil africain qu’il publie Banana Bottom, en 1933, dans lequel il observe et analyse, sur fond d’histoire romantique, les conflits culturels et politiques entre les milieux coloniaux et traditionnels de la Jamaïque. Il sort également un recueil de nouvelles, Gingertown.

 

Finalement, en 1934, il retourne aux Etats-Unis où il demeurera jusqu’à sa mort. En 1937, il rédige et publie son autobiographie, A Long Way from Home. Trois ans plus tard, il est naturalisé américain et amorce un tournant idéologique considérable. Devenant farouchement anti-communiste (et d’un anti-communisme capitaliste et réactionnaire, en rien anarchiste), au point de soutenir le maccarthysme en 1946, il se prend de passion pour la religion et rejoint, en 1944, la Catholic youth organization, à Chicago. D’un point de vue littéraire, ce changement politique se fait particulièrement sentir, en 1940, dans son roman Harlem : Negro Polis où les accents anti-communistes sont flagrants. Malade, Claude McKay meurt en 1948, après avoir suivi un parcours atypique qui l’aura mené d’un petit village montagnard de Jamaïque à la IVème Internationale communiste de Moscou. Poète, romancier, il aura surtout marqué la littérature américaine en propulsant sous les projecteurs la culture populaire afro-américaine.

 

 

Guillaume
(Aggromoon n°4)

 




[1] Ecole normale fondée par Lewis Adams en 1881. Une fois à sa direction, Booker T. Washington lui fera connaître un large succès qui contribuera à en faire le principal établissement pour la formation d’une « élite » noire.
[2] Nom donné au militant IWW.
[3] Pour faire court, Marcus Garvey était partisan d’une Afrique noire (dont il se disait d’ailleurs le président provisoire) et d’une Amérique blanche. Pour lui, Blancs et Noirs ne devaient pas se mélanger, mais évoluer séparément en parallèle, sans haine raciale... Il développa ce qu’on a parfois appelé le « nationalisme noir », un mouvement mettant en exergue et exacerbant les particularités des cultures africaines et afro-américaines, prônant le rapatriement des Noirs en Afrique et l’auto-organisation (c'est-à-dire sans la participation de Blancs) des populations noires contre le colonialisme et l’esclavagisme moderne.
 
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