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  • : PEAUX-ROUGES Limoges
  • PEAUX-ROUGES Limoges
  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 11:07
Une intervention de Wu Ming 5
 
Copertina bastardi
 
a réflexion qui suit part de la lecture de Bastardi Senza Storia troisième opus de Valerio Gentili (membre du RASH Roma et fondateur de Patria Socialista), déjà auteur des ouvrages La legione romana degli Arditi del Popolo (2009) et Roma combattente (2010). Dans BSS Gentili récupère et « met au travail » une grandes quantité de matériaux depuis trop longtemps recouverts par la poussière des archives et, sous une forme accessible (le livre est explicitement destiné à ceux qui maintiennent leur cul dans la rue), raconte de nombreuses histoire oubliées. Les protagonistes de cette reconstruction sont ces milices de prolétaires (et de sous-prolétaires) communistes ou socialistes – des formations « cousines » de nos Arditi del Popolo - qui dans es années vingt et trente, en Allemagne, Autriche, France et Belgique, ont cherché à s’opposer à la montée des fascistes.
Gentile passe au crible de véritables armées de la classes ouvrière, comme le Schutzbund (Ligue de défense républicaine) de la social-démocratie autrichienne ou la Reichsbanner Schwartz-Gold-Rot (Étendard de l’Empire noir-rouge-or) de la social-démocratie allemande, et des formations peut-être moins grosses mais qui eurent un rôle important et par la suite oublié, comme la RFKB (Ligue des combattant rouges de première ligne) du parti communiste allemand.
Gentile raconte comment cet arsenal de résistance et de contre-attaque a été vidé et laissé dépérir, erreur stratégique après erreur stratégique, jusqu’à l’aboutissement de la tragédie.
Le contexte principal est, naturellement, l’Allemagne de Weimar. Ce fut dans ce contexte d’entre-deux-guerres que des brillants stratèges de la contre-propagande comme Sergej Chakotin et des artistes graphiques comme John Heartfield inventèrent des signes et des symboles destinés à un succès planétaire, comme le salut à poing fermé, le double drapeau rouge et noir des mouvements « Antifa », les trois flèches obliques etc. BSS reparcours y compris la trajectoire de ces signes, jusqu’à les retrouver dans les actuelles sous-cultures jeunes, ou mieux : sur une des berges opposées du fleuve de certaines sous-culture, comme celle skinhead. BSS est une opération qui doit être saluée favorablement et c’est une lecture que nous conseillons bien que nous considérons comme nécessaires les reprises critiques qui suivent.
Une dernière chose avant l’article en lui même : nous espérons que BSS épuise ses tirage et qu’il soit réimprimé, mais en même temps nous espérons que, avant de le réimprimer, l’éditeur passe sur le texte ce coup d’editing et de correction des coquilles qui – cela semble évident - a manqué lors de ce premier tour. Una auteur à droit à ce que son texte soit traiter avec le maximum de soin et d’attention, on ne lui fait pas une faveur en prenant le fichier, en insérant le texte dans la structure graphique et en envoyant le tout à la typographie en un temps record.

Au cours de l’histoire des espèces, les hommes ont vécus dans des systèmes complexes, pyramidaux, hiérarchiques, obsessive ment ritualisés, et dans des sociétés ouvertes, égalitaires, nomades, non-hierarchiques, fondamentalement pacifiques, en passant par toutes les teintes possibles entre les deux extrêmes. Il n’y a pas « une » façon pour l’homme de cohabiter. Cela signifie qu’il n’y a pas « une » façon d’être homme, à part celle qui consiste à vivre en société et à se définir par rapport à d’autres hommes.
Nous tomberions dans une erreur idéologique symétrique à celle de nos adversaires hobbesiens si nous considérions l’homme « bon » par nature ; il faut avant tout se débarrasser d’un quelconque équivoque à ce sujet. L’homme n’est ni bon ni méchant, sa « nature », si on veut à tout pris poser les choses en termes essentialistes, est plutôt d’être « éducable ». L’éducabilité ne présuppose pas la hiérarchie ; on peut éduquer collectivement, horizontalement, en élargissant à la manière d’une flaque d’huile le niveau de conscience général : éduquer n’est pas inculquer.
Nous pourrions exposer la question en termes paradoxaux : dans l’ADN de l’homme est inscrit, comme principale caractéristique, celle de pouvoir transcender le niveau instinctif et animal, ou, pour mieux le dire, de pouvoir intégrer pulsions et instincts ataviques dans une personnalité non-nocive, empathique, solidaire. Nos plus proches parents, les chimpanzés, s’investissent dans des guerres, et y compris parmi les groupes humains les plus a-hierarchiques et pacifiques existent des dynamique « belliqueuses » au sens strictes, mais assumer pour autant que la guerre existera toujours, que l’espèce ne réussira pas à dépasser la phase de son histoire caractérisée par l’élimination massive des adversaires, ressemble d’une certaine façon à une superstition.

1. La guerre est partout (et c’est pas une métaphore)

Parmi les thèmes les moins pratiqués des dernières décennies, la réflexion matérialiste sur la guerre assume dans ce contexte de crise finale une valeur décisive. Notre discours, celui de ceux qui sont engagés dans une perspective de changement radical dans un sens égalitaire, est en grande partie un discours sur la crise et sur le conflit ; le conflit qui, avant d’être embrassé ou repoussé, doit avant tout être reconnu. Il faut donc savoir quelles sont les dynamiques « belliqueuses » au sens stricte, parmi celle qui traversent de façon conflictuelle et potentiellement antagoniste le social, et quelles sont les dynamiques qui peuvent être assumées sous le vocable de « guerre » en forçant la signification du terme, en l’élargissant par cercles concentriques jusqu’à y inclure des dimension apparemment lointaines. Attention toutefois : on ne parle pas d’une utilisation purement métaphorique du mot.
On trouve un exemple d’une connotation large, mais non-métaphorique, du mot guerre dans la façon dont les anglo-saxons décrivent la dynamique antagoniste que nous appelons « Lutte de Classe ». La locution, en anglais, est « Class War ». Et en reparcourant les dernières trente années de l’histoire de la planète, il est difficile de ne pas reconnaitre l’éloquence de la définition. La guerre conduite par les classes sociales dominantes, par les oligarques et par leurs alliés plus ou moins conscients a été conduite avec une précision méticuleuse, sur toute la planète, en mettant en place une machine de propagande gigantesque, alimentant les divisions, ayant recours au sabotage, etc. L’idéologie du Monde Libre, se posant comme une seconde nature, comme un horizon indépassable et irrésolvable, est une machine de mort, toujours en mouvement, une dynamique qui dévore la planète et chie de l’inégalité.
Faim, ignorance, guerre.
Le cercle se referme.

2. La défaite des années vingt

La machine de propagande, donc : le cœur du livre de Valerio Gentili qui induit ces réflexions est la description d’une machine de propagande tournée vers le bien, vers la bonne direction, dans la direction, justement, de la lutte égalitaire, une machine mise au service du parti des sans-partis.
Le contexte d’alors, la crise d’alors, étaient ceux des années après la grande boucherie de la première Guerre Mondiale. La révolution d’Octobre avait prouvé qu’il était possible, pour une classe, d’en renverser et d’en destituer une autre. Des pays comme l’Italie ou l’Allemagne, vainqueurs et vaincus, étaient ressortis plié, désarticulés, abattus par le conflit. Des pays à la limite de la guerre civile. Les classes populaires avaient payé un prix extrêmement haut dans le règlement des comptes qui avait opposé les puissances européennes pendant cinq longues années. Maintenant que les fantassins rentraient, paysans et ouvriers transformés en soldats, retrouvaient au foyer des situations pré-révolutionaires. La thèse de ceux qui, parmi les socialistes, les anarchistes, les égalitaires, avaient poussé à l’entrée dans le conflit : la guerre avait effectivement porté l’Europe sur le seuil de la Révolution.
Le livre de Valerio Gentile est une longue apologie qui tente d’examiner les raisons pour lesquelles l’Italie ne la connue pas, la Révolution, et subit plutôt la montée des fascisme qui portèrent le monde, une fois encore, au conflit. Le livre est facile et agréable à lire et contient une manne d’informations, étant centré sur une des phases les plus méconnues et mal interprétée de la lutte contre le fascisme. Au centre de la narration on trouve les formations de combattants rouges qui s’opposèrent énergiquement et souvent héroïquement à la montée d’une réaction déguisée en révolution, aux fascismes qui meurtrirent au cours des années 20 et 30. Il était temps que ces combattants entrent, avec le rôle et l’importance qui leur reviens, dans notre problématique album de famille, comme cela avait déjà été le cas avec les Arditi del Popolo, au centre des précédents travaux de Gentili.
Il ne s’agit pas ici de faire une véritable chronique. Nous croyons bien mieux rendre hommage à la valeur du livre si nous en soulignons certains points critiques, et si, de camarade à camarade, nous exprimons un avis discordant.

3. « Les chefs ont trahi »

Il y a deux manières symétriques de comprendre la longue suite de défaites qui constitue une bonne partie de l’histoire de notre faction. D’un coté, le mythe défaitiste le plus solide, qui est décliné sous des formes toujours nouvelles mais qui fondamentalement se réduit à : les chefs ont trahi. C’est une thèse que l’on retrouve sans même à avoir à lire entre les lignes tout au long du livre de Gentili, et qui, par rapport à la réalité de la lutte politique des années vingt contient sans doute une bonne dose de vraisemblance. Encore plus en Allemagne qu’en Italie, en effet, un potentiel immense de volonté combative a été gâché, resta inutilisé, se vu freiné et engagé uniquement pour des objectifs défensifs, ce qui, d’un point de vu stratégique, est rarement un choix payant. Les chefs ont trahis est l’explication défaitiste privilégiée de ceux qui descendent dans la rue, qui y prennent des risques, de ceux qui affrontent la première ligne, de ceux qui assument la responsabilité de la confrontation physique à travers son propre corps, sa propre personne. Personne ne rêve de désavouer le patrimoine moral, exemplaire et pédagogique que les histoires des ces Batards Sans Histoire portent avec eux. C’est l’occasion toutefois d’approfondir l’analyse, et de voir si la thèse les chefs ont trahis résiste vraiment à l’épreuve des faits.

4. « Les conditions objectives… »

Il y a une approche symétrique, celle des théoriciens, des savants de la doctrine révolutionnaire, et elle dit : Les conditions objectivent impliquaient la défaite.
Au delà de la valeur intellectuelle et de la vraisemblance de l’analyse en amont de la conclusion, il est facile de comprendre comment ce type d’attitude porte avec soit le grave risque de l’inaction.
Gentili nous dit au contraire que les fascismes auraient put être arrêtés, que les rapports de force permettaient la victoire, que les milices social-démocraties et communistes, en Allemagne, combattaient souvent le mauvais ennemi (en effets elles se voyaient les unes les autres comme le principal danger), que la défense bornée du parlementarisme et de la démocratie libérale (dumoins du coté social-démocrate en Allemagne et socialiste en Italie) était fille de l’illusion qu’il était possible avec des méthodes libéral-démocrates de contenir voire même de battre le fascisme.
Tout cela est vrai. Et pourtant quelque chose nous échappe. N’y avait-il pas de limite internes, structurelles dans ces expériences de lutte, n’y avait-il pas quelque chose au delà de l’inaptitude de la classe politique et qui dirigea notre champs vers la défaite?
Je n’ai pas d’antithèse à proposer mais, comme je le disais, seulement quelques points critiques à mettre en avant.

5. Laisser faire les « techniciens » ?
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Sergej Stepanovic Chakotin, le cerveau derrière la machine de propagande anti-fasciste qui donna symbole et mots d’ordres aux milices antifasciste dans l’Allemagne des années 20, avait une formation culturelle qui lui permettait de comprendre clairement comment marche la machine mythopoïétique national-socialiste. C’était un pavlovien (dans le sens que c’était véritablement un disciple de Pavlov) et pour lui les humeurs de la masse, essentiellement passive, devaient être interceptés et dirigés par une utilisation scientifique des symboles. Une telle position implique le risque évident de voir les masses comme de simples unités manœuvrables, des milieux incapables de produire seuls instances et méthodologies de lutte.
Ce qui distinguait cette approche de celle fasciste et nazi était l’emphase sur la science, toute humaine, de la génération ex nihilo des symboles. En d’autres thermes, ici on ne présentait rien comme étant « non humain », « remontant à une tradition primordiale » etc. etc. L’intelligence humaine pouvait bien créer des nouveaux symboles pour contrer efficacement des sémiologies présentées comme éternelle, imprégnées de significations insondables, ésotériques. C’est le cas d’une des meilleurs créations de Chakotin, les trois flèches qui descendent d’en haut, parallèles, de la droite vers la gauche, et qui, si elle sont superposées à une svastika, semblent toujours prévaloir, effacer, annuler la croix gammée.
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La question est donc : une machine de propagande peut-elle vraiment, avec les présupposé intellectuels que nous avons décri, être tournée vers le bien ? N’y a-t-il pas une contradiction manifeste entre l’approche pavlovienne à la Chakotin et la confiance dans la potentialité créative des masses, qui devrait être point fondamental pour quiconque appartienne à notre tradition ? Au fond, la récupération des symboles chakotiniens de la part de factions militantes au sien de notre tradition n’est-elle pas elle même un processus qui s’est opéré « par le bas » ? Et n’est-ce pas justement cela qui rend la redécouverte significative et prégnante ?
Il y a un risque potentiel dans le fait d’assumer de façon acritique la thèse qui traverse le livre : Si on avait écouté Chakotin, tout aurait été différent, qui est corolaire en réalité à la vieille thèse les chefs ont trahi. Les chefs du mouvement ouvrier, grâce à la génialité du « technicisateur » Chakotin et à celle des stratèges des formations paramilitaires, auraient eut à disposition la science nécessaire pour battre le fascisme, mais auraient gâché toute les occasion par leur inaptitude ou leur tendance au compromis. Et alors s’insinue le doute : quel besoin avons-nous d’avoir des chefs politiques quand on a disposition des chefs « techniques » ?
C’est paradoxalement l’introduction tacite de la thèse : laissez faire les techniciens, qui n’a vraiment pas grand-chose à voir avec notre histoire.

6. On combat pour ne plus jamais combattre

Il y a après les risques liés au fait d’assumer le combattentisme come modus operandi au sein des métropoles actuelles. Le truc c’est pas que « les temps ont changés » : c’est justement pour ça, justement parce que l’obscurité de notre temps rappelle l’obscurité des temps passés, que certaines symboliques et certaines façon de comprendre la lutte reémergent. Le truc c’est plutôt que le combattentisme comporte le risque de la glorification de la lutte en tant que telle. Glorifier la lutte en tant que telle comporte le risque grave de glorifier la défaite, glorieuse et inconsciente. De ça à la victimisation, qui ouvrent la voie à des options politiques opposées aux nôtres, il n’y a qu’un pas. Je prie de bien comprendre que le point n’est pas, et n’a jamais été, dans le choix entre violence et non-violence. Ce débat est plutôt lié à de récentes absurdités, qui heureusement semblent dépassées. Le point est que l’on combat pour vaincre, et pour ne combattre plus jamais. La glorification de la lutte en tant que telle doit être laissée aux castes guerrières, et aux funestes idéologies que les castes guerrières produisent.

Wu Ming 5

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