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  • : PEAUX-ROUGES Limoges
  • PEAUX-ROUGES Limoges
  • : Site d'information des Redskins de Limoges, collectif antifasciste informel et contre-culturel. Nous avons la conviction que si la première étape de la lutte antifasciste se joue bel et bien sur le terrain des idées, l'échéance suivante sera celle de la confrontation physique. Notre objectif est donc de sensibiliser les organisations et personnes à la nécessité de se préparer mentalement et physiquement contre le fascisme. mail: peaux_rouges@yahoo.fr
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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 19:31

Il suffisait pour rejoindre les quais de la gare d'emprunter le petit escalier et de traverser la rue sur laquelle s'ouvrait le portail donnant directement accès au dépôt marchandises. Et là, une main se tendait, indiquant la direction à prendre ou la consigne à appliquer, dans le strict respect du cloisonnement des réseaux.

Combattants aux mains nues, Albert Barbaud, mais aussi Lavergne, Devoyo, Karaquillo, Jolivet, Charpentier, Lajoix... Il n'est pas une rue de la cité où ne puisse être répertorié un logement ayant servi d'asile à ces hommes de l'ombre. Travail obscur, obstiné, celui du « légal » militant connu en milieu urbain évoluant au sein de l'incompréhension quasi-générale et cible exposée à la délation.

 

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Dans son manuscrit, Albert Babaud le rappelle:

 

«  Ce fut une période difficile: crainte des représailles, la milice de Pétain toujours en patrouille, suspicion chez certains camarades, défection chez d'autres.

Au moindre bruit, je me tenais prêt à filer; combien de fois n'ai-je pas emprunté la fenêtre pour mettre de la distance entre moi et ceux dont je ne désirais pas la visite. J'ai fui, une nuit, réveillé par mon camarade Lerouge, libéré de prison. C'est la dernière fois que je le vis, il fut fusillé à Périgueux. J'ai fait de même le lendemain de la tuerie d'Oradour, lorsque la Gestapo vint arrêter mon voisin Couty, dont la fille avait été brûlée la veille dans l'église d'Oradour. Et toujours de nombreuses visites de maquisards: Robert Delors, de Brive qui, lorsqu'il vient se reposer la nuit, est armé de pied en cap; Vergne, Cheminot de Montauban, que j'ai bien connu en prison, me demande un jour d'introduire sur la place de Limoges, le camarade Seguy, de Toulouse, père de l'ancien secrétaire générale de la CGT. J'éprouve quelques difficultés au départ à le faire accepter car il y a crainte des espions. Enfin, le camarade Milou Ducher, me faisant confiance, veut bien l'accepter chez lui où est installé un véritable dortoir de clandestins. Le père Séguy devait accomplir, malgré son âge, un travail énorme dans la Résistance ».

 

« Nous étions apprentis donc très jeunes, indique André Santrot, et nous souhaitions effectuer des actions spectaculaires: faire sauter une voie, plastiquer une loco. L'action de nos camarades nous paraissait insuffisante, timorée même à certains d'entre nous. Alors qu'eux savaient où se situait l'efficacité: trafiquer une pièce par une simple manipulation, apparemment innocente, invisible en tout cas, permettrait d'immobiliser plusieurs mois une machine. Il nous a fallu comprendre que si la résistance du rail était bien un atout indispensable, passive pour les uns, active pour les autres, elle n'était en aucun cas du spectacle. La responsabilité des résistants était mise à l'épreuve à chaque instant, individuelle et collective; La vigilance de chacun était nécessaire à tous et la vigilance de tous était indispensable à chacun. »

 

Le récit de René Legros dans « Le Cheminot Limousin » d'avril 1994 rend hommage à ces hommes dont certains ne sont jamais revenus des camps où ils ont été déportés.

 

L'impasse Jacquart, sortie latérale du dépôt de Limoges, était le départ du calvaire. C'est là que la Gestapo ou la Milice tendirent à ces ouvriers en bleu de travail des souricières dans lesquelles maints d'entre eux se firent prendre.

Dans l'enceinte de la SNCF et sur la passerelle Montplaisir apposée sur l'un des piliers, une plaque a rappelé à leurs camarades et aux passants pressés que leur liberté fut à ce prix. Elle est maintenant au dépôt, sur le lieu même de leur travail:

 

«  Dans les différents services, écrit René, la Résistance était organisée sur place en tenant compte de la spécificité du travail. Par exemple, si au dépôt il était possible de saboter une machine, la grue de 80 tonnes, le transformateur, de récupérer du cuivre ou un autre matériau non ferreux et le soustraire aux allemands, l'action était différente à l'exploitation, aux entretiens, à VB ou dans les services administratifs.

A l'exploitation, intervertir les étiquettes des wagons de marchandises, faire naviguer le wagon en réparation d'une destination à une autre, mettre une voiture voyageur en rodage pour gêner l'utilisation pour les allemands, provoquer des pannes d'ascenseur en gare, mettre des tracts appelant à s'organiser, à revendiquer dans les wagons-voyageurs étaient l'activité de la Résistance.

Comment ne pas parler des autres services, comme par exemple les réformes inopinées de wagons et de voitures voyageurs, le garnissage de sable des pointes d'aiguillage pour provoquer les chauffages et les ruptures, les sabotages des pointes d'aiguillage, presque introuvables en dernier lieu ? Ou encore, la fourniture de clefs à fourgon aux jeunes déportés du travail en partance de Limoges et permettre à ceux qui voulaient s'évader en cours de route d'arrêter le train en pleine brousse, de couper la lumière dans les wagons plongeant ainsi le convoi dans l'obscurité au grand désarroi des accompagnateurs allemands qui cherchaient les pannes de lumière.

Il y a eu l'historique liquidation du milicien Grauloup dans le train de Poitiers, en gare de Couzeix, qui n'a pu être réalisée sans bavure qu'avec la participation active des résistants de la gare de Limoges, et les précautions prises pour épargner les voyageurs et le personnel du train.

C'était ça la Résistance et son action dans l'entreprise. Les groupes organisés de la Résistance s'articulaient entre eux, pour porter des coups à l'occupant dans toutes les circonstances, dans toutes les directions, en cherchant les meilleurs moyens d'éviter la casse dans leurs rangs.

Les responsables des organisations clandestines, de la CGT, des FTP, du Parti Communiste, du Parti Socialiste, de l'AS et de Résistance-fer glanaient les informations sur les mouvements des troupes d'occupation, leurs déplacements éventuels sur les dépôts de leur matériel, leur importance, qu'ils transmettaient à leurs groupes respectifs.

Les armes récupérées venaient de l'extérieur, la plupart des parachutages et des caches allemandes dénichées par les résistants . Elles étaient judicieusement planquées en lieu sûr (1) ou réparties afin d'être utilisées au moment opportun lors des journées insurrectionnelles de la Libération. Pour l'essentiel, dans le cadre de la Résistance, les armes ne serviraient qu'en phase finale.

Résister, c'était démoraliser l'ennemi pour le rendre plus vulnérable et paralyser le plus possible ses réactions brutales.

A Limoges, le jour de la Libération , les cheminots étaient à leur poste de travail mais en grève. Ils étaient maîtres des installations, la ville était encerclée par la résistance extérieure depuis plusieurs jours. Plus aucun train ne circulait. »

 

 

Quelques précisions:

 

  1. La résistance passive ou attentive concernait tous ceux qui bien qu'étant au courant, et quelquefois témoins des actes de Résistance, laissaient faire sans y participer eux-même mais sans jamais rien dire.

  2. Les FTP légaux, une des formations principales de la Résistance active, appartenaient à la compagnie 2412, ils étaient en relation avec les FTP armés des forces extérieures à l'entreprise.

  3. Grauloup était un farouche indicateur au service de la milice et de la police nazi. Il a été liquidé avec son aide de camp personnel et les cinq allemands qui l'accompagnaient dans ses déplacements par un détachement de la compagnie FTP 2409, stationnée dans la région de Nantiat ; c'était le 21 juillet 1944.

  4. Des camarades ont participé à la Résistance en dehors de l'entreprise, dans des formations diverses, et ne sont rentrés à la SNCF qu'après la Libératio



    (1) Une des caches avait son emplacement dans les locaux des bain-douches de la Cité. Adrienne Nicot, dont le courage n'est d'égal que celui de sa mère Jeanne, assurait la liaison avec les cheminots. Jeanne Foussat qui avait la charge de ce service municipal y reçut la visite d'allemands désireux de faire toilette. Sa jovialité naturelle, perceptible encore ce jour où elle raconte l'anecdote, dissimulera sa légitime angoisse. Les occupants repartirent sans savoir que sous les piles de serviettes, se trouvaient des armes qui, le moment venu, contribueraient à leur affaiblissement avant la prise de Limoges.

 

Source Institut d'Histoire Sociale - CGT: "Une cité et des hommes de 1929 à 1995"

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commentaires

Simon 27/07/2011 20:34


Le film " la bataille du rail " relate bien la résistance au sein des cheminots francais durant l'occupation.